









Un roman est un art qui ne se fait pas avec de bonnes intentions, seraient-elles écologiques… Cet ouvrage est plutôt un journal modifié, mais qui ne manque cependant pas d’intérêt. Aller à la découverte de la forêt tropicale de Bornéo, c’est pénétrer un monde où nos références chancellent. Un monde où le haut de la canopée ne peut être vu en même temps que le bas. Un monde où chaque arbre a sa propre nuance distincte du voisin. Un monde où chaque arbre est « une infinité d’arbres en creux, la mémoire de tous les autres ». Un monde où les népenthes carnivores provoquent un véritable éblouissement. La forêt est un lieu où notre vie humaine prend sa source. Sa destruction par les bûcherons et trafiquants d’essence rare écarte les habitants d’origine (les Pénan du Sarawak, partie malaisienne de l’île de Bornéo), en leur imposant une déforestation impitoyable. Ceux-ci poursuivent d’ailleurs en justice la compagnie géante d’exploitation forestière Samling. Ils veulent préserver leur accès à la nourriture, aux plantes médicinales et aux ressources naturelles, pour assurer leur survie au sein du territoire qu’ils revendiquent et où commence le règne des palmiers à huile ! Or cette terre forestière représente la vie essentielle au maintien de leur identité sociale et spirituelle.
L’auteur de cet ouvrage, Pascale Mathex, a saisi l’invisible en quatre années de séjour à Bornéo : la forêt ne dépend que d’elle-même et chaque espèce dépend de l’autre. Une telle compréhension nous est précieuse car elle révèle de l’intérieur « l’unité » et « la « cohésion » de cet amoncellement d’arbres, de la présence animale et humaine. Pour cerner et comprendre la forêt, il faut tout à la fois la pénétrer et « disparaître » en elle. En d’autres termes, l’approcher par intuition, sans la mascarade du raisonnement.
Jane Hervé





