









Sénèque l’avait compris qui, dans sa Lettre à Lucilius, précisait déjà : « C’est n’être nulle part que d’être partout. » N’est-ce pas un mal dont souffre notre société aujourd’hui : vouloir être partout, tout faire, tout posséder, tout…. Jamais nous n’avons eu autant de temps (libre ou libéré), mais il ne cesse pourtant de nous manquer. C’est un des paradoxes de cette post-modernité où raison et modération s’estompent de nos vies. « La révolution de la lenteur est à faire », affirme Patrick Viveret dans la préface. Il faut « faire la pause », « être dans l’attention et non dans la tension ». Bref, « habiter le temps », autrement dit se le réapproprier, « retrouver le temps naturel hors du temps social ». Nous vivons désormais dans un monde où tout est accessible en quelques clics d’ordinateur : voyage, savoir, bien à acquérir…Facilité qui accroît notre avidité (d’avoir et de savoir), complexifie nos vies en les facilitant en apparence. Pris dans un « tourbillon fou », nous oublions que la sobriété de désirs est une source de bonheur (cf Pierre Rabhi).
Un tel message – be cool - n’est pas évident à transmettre. Le présent ouvrage l’illustre d’abord par objet symbolique interposé : hamac, canapé, fauteuil, chaise longue, signalisation de vitesse réduite, entrée de couvent. Un choix existentiel se retrouve ensuite dans sa conception. Chaque chapitre est réservé à l’expérience vécue de quelques particuliers - un journaliste, un écrivain nomade, un designer, un dirigeant de mouvement - à l’exception d’une ville Orvieto. Chacun – homme ou ville - propose sa vision du ralenti (marche dans le désert, jeu avec ses enfants, effacement de la voiture, rues piétonnières, relocalisation des commerces) faisant de l’évidence du plaisir lent une conquête à reculons qui impose l’aménagement de l’espace-temps présent. Retrouver une qualité de vie et le temps de vivre dans « une ville à l’échelle humaine » devient l’objectif légitime.
Du coup, le lecteur s’interroge : quels moyens peuvent mettre en place d’autres catégories sociales : un plombier, un cultivateur, un ouvrier ou un salarié d’une entreprise de télécommunication ? Tous sont pris dans la nasse d’un travail divisé pour cause de rentabilité. Comment survivre ? Comment trouver un art de vie quand les pressions économico-sociales sont si puissantes ? Comment aussi intégrer planétairement ce monde au ralenti ? Citta-Slow, réseau international a 120 villes adhérentes propose 52 critères de lenteur : depuis les zones piétonnes non exclusivement commerciales, les transports « doux » (vélo), la lutte contre le bruit, l’exclusion de la restauration rapide et des OGN jusqu’à la solidarité intergénérationnelle et les économies d’énergie… Une ville inscrite dans le rêve plus que dans le réel !
J. Hervé





