









Certain(e)s attendent avec impatience son émission du samedi sur France-Culture (Terre à terre dont la terre est le héros éponyme). Ils s’en « régalent » car Ruth Stegassy sait révéler les désordres du monde avec cœur et intelligence. Elle a voulu dans cet ouvrage, dirons-nous pré-global (c’est apparemment le tome 1), faire état de toutes les altérations de la nature –parfois irréversibles – dont l’homme est responsable. Cependant elle le fait en tissant une toile, à la fois conceptuelle et affective, avec les entretiens qui ponctuent ses émissions. Il en résulte, à la lecture, le sentiment que sont fédérés les inquiétudes et les espoirs de nombre d’acteurs es-environnement. En ne revendiquant pas la création égotique de concepts nouveaux, mais en laissant émerger les révoltes et les actions, R. Stegassy fait émerger la vision collective d’une certaine évolution du monde. C’est sa manière de dénoncer. Une telle construction n’en a que plus de poids, d’autant que chaque entretien est précédé d’un paragraphe explicatif qui le situe dans son contexte et se prolonge logiquement dans l’interview suivant. Seul l’intitulé des chapitres ne facilite pas la compréhension de leur contenu.
Qu’est devenu le monde ? Dire qu’il n’est que l’ombre de lui-même ne suffit pas. Il n’est plus que l’apparence de lui-même et de ce qu’il a été. Nous vivons dans un univers en « trompe l’œil » dans l’illusion de ce qu’il fut, contraints - si nous voulons être lucides - de nous remettre en cause plus qu’en simple question. Le bon sens incite la journaliste à explorer, une à une et sous un certain aspect pertinent, les multiples catastrophes environnementales et économiques, parfois masquées, qui se concoctent ou sont souvent déjà accomplies (épuisement des ressources, contaminations des sols à l’arsenic à l’agent Orange, aux résidus nucléaires, circuits de distribution polluants et couteux, colères (dont celle d’Haidar El Ali, notre invité du Felipé 2011) et confiscation de l’environnement par certains. Cet état général de la planète est l’évident produit de l’aveuglement et de l’avidité humaine. En ce sens, est dit et/ou écrit ce que nous ressentons, depuis la disparition des forêts canadiennes (au profit des journaux américains) jusqu’aux publicités trompeuses qui omettent de vérifier les propos qu’elles soutiennent , valorisent et surtout diffusent.
D’interview en interview, la journaliste traite - par exemple - l’eau, ce « trait d’union » entre les hommes qui apparaît tantôt comme « eau-vie » tantôt comme « eau-business ». Le chapitre « Génies de l’eau » dénonce d’abord la destruction des sols et de la vie (villes noyées, populations déplacées) par les grands barrages (ex : le barrage chinois des Trois Gorges) et la lutte en France pour le maintien de la Loire comme dernier « fleuve sauvage » (Martin Arnoult). Il explore ensuite l’art militant de sensibiliser un territoire entier contre de tels projets économiquement aberrants (Pedro Arroyo qui prône une nouvelle culture de l’eau), celui enfin de déplacer une rivière pour en retrouver le cours ancien (Dany Dietman en Alsace). Il en découle une prise de conscience, celle de l’eau comme « droit humain » (qui renvoie à Ziegler et au droit à l’alimentation)*.
La « terre à sec » s’explore ensuite à travers le drame d’un Touareg du Niger qui subit la pollution des nappes phréatiques (exploitation d’uranium), prend conscience de la gravité de la sècheresse des années 70 et lance un plein désert un jardin écologique… Un modèle de développement qui fera des émules. Ainsi se dénonce, pas à pas, un « système qui fabrique la pénurie à partir de ressources abondantes ». Inutile d’ajouter que de telles horreurs destructrices ne sont justifiées que par la vénalité de certains hommes et de certaines puissances.
Jane Hervé
* On se demande pourquoi le thème d’une mer sans poissons se promène dans le chapitre suivant.





