









La rage nous saisit à la lecture du dernier ouvrage de Fabrice Nicolino*. Il confirme que notre futur est « sans avenir », car la terre, l’eau, l’air sont « empoisonnés » par les produits chimiques. Bref, tout ce qui constitue notre planète et permet de satisfaire nos besoins primaires (boire, manger, respirer). Or aujourd’hui l’eau que nous buvons, les plantes que nous cultivons (en sol ou hors sol), l’air que nous respirons, même le sang qui coule dans nos veines, nous détruisent à petit feu selon un processus - souvent invisible - d’auto-intoxication. Nos corps sont envahis par d’innombrables molécules chimiques : une panoplie de 70 millions donnant tabun, sarin, atrazine, bisphénol A, etc. Elles engendrent et multiplient des maladies chroniques souvent irréversibles : Parkinson, Alzheimer, diabète, obésité, cancer, asthme, perturbations endocriniennes, etc. Des nanoparticules (ultrafines) pénètrent le foie et même le cerveau**. Ainsi la nature entière - de l’environnement au corps humain et animal - est colonisée par ces produits qui détruisent le vivant à notre insu : aliments et même « remèdes », etc.
Quel échec ? Celui des nappes phréatiques polluées, des terres mortes sans insectes, des traînées de condensation sillonnant les airs, des billes de plastiques indestructibles – larmes de sirène – des mers, des lacs, glissées dans le sable des plages. Certes la lenteur du processus de ces transformations rend difficile l’établissement de leur toxicité par un simple rapport de cause à effet. « Comment est-on passé de la bakélite des boules de billard et des combinés du téléphone au nylon, puis au DDT et aux perturbateurs endocriniens ? », interroge l’auteur qui en retrace le cheminement. Néanmoins cette lenteur masque des évidences qui se révèlent peu à peu, comme la montée des mers procède de la lente fonte de la banquise. Notre capacité de jouer aux apprentis-sorciers et notre incapacité à être vraiment informés à l’heure où tout permettrait de l’être prépare un grand désarroi : celui de ces maladies qui se généralisent. Désarroi masqué par des institutions nationales (agences de protection) ou internationales (dont l’OMS, la FAO, l’ONU) qui n’osent pas dénoncer des normes truquées.
Quelles responsabilités ? Celle des scientifiques (dont Haber) : synthèse de l’ammoniac, préparation des engrais azotés pour accroître les rendements agricoles, mélange de l’ammoniac à l’acide nitrique servant à la fois l’industrie lourde (gaz asphyxiants d’Ypres), fine (colorants) et pharmaceutique. Celles de certains experts qui estiment – par exemple - l’exposition au bisphénol A inférieure aux doses légales, mais qui travaillent aussi pour l’industrie.
Quel triomphe ? Un seule : celui de l’argent de l’industrie chimique – souvent post-militaire – aux innombrables dérivés. Des dollars pollués, désormais tout puissants. Bref, des revenus de 20 millions de produits chimiques commercialisés dans le monde.
Que faire ? Fabrice Nicolino, homme en colère, dénonce ces méfaits en agriculture (emploi de pesticides) et certains effets (viande trafiquée dans Bidoche). Il confirme son audace en attaquant leurs auteurs et leurs complices qui muent notre vie « en jeu de Meccano ». En ce temps de « désinformation planétaire », il rend hommage à Théodora Colborn, pionnière qui synthétise les travaux sur les ravages de l’écosystème dans la région des Grands lacs .américains. Cette zoologiste américaine réunit les données de toxicologues, zoologistes, biologistes, anthropologues et même d’un psychiatre. L’effroi nous saisit alors devant les atteintes cumulées et concrètes du monde animal et humain. Et nous ? Il faut s’informer, informer et agir, proposer une alternative au pouvoir tout puissant de l’économie, traduire notre rage sur un plan politique avant qu’il ne soit trop tard. « C’est l’heure de se lever » avant que notre futur nous soit totalement « volé ».
Jane Hervé
* Comme celui de Marie-Monique Robin, Notre poison quotidien, commenté sur le présent site.
** Il y en a même pour conserver les bonbons.





