









A l’heure où le « tout beau, tout bio » déferle dans nos supermarchés, une mise au point s’impose. C’est chose faite grâce à cet ouvrage qui enquête sur les difficultés et les travers de la filière bio.
Dans l’hexagone, 3,1% de la surface agricole est maintenant bio. Même si les objectifs du Grenelle ne seront pas atteints (6% de la surface agricole utile en 2012 et 20% en 2020) et que les chiffres restent faibles, le taux de croissance est impressionnant. 4,5% est prévu en 2012. Entre 2009 et 2010, le nombre de producteurs bio a augmenté de 25,3%.
Un agriculteur qui souhaiterait se convertir à l’agriculture biologique doit compter entre 2 et 3 ans pour que son exploitation puisse prétendre au label. En réalité il faut entre 7 et 10 ans pour que le sol puisse à nouveau produire sans avoir besoin d’apports externes. La conversion à l’agriculture biologique implique l’acquisition de nouvelles expertises comme des alternatives naturelles aux pesticides dont les savoir-faire ont été perdus car la recherche en agronomie a peu investit le secteur. En outre, les désherbants naturels ne sont pas tous autorisés par la législation : il coûte 20000 euros pour faire référencer son purin ! Il en est de même pour l’élevage qui, réalisé en plein air, expose les animaux à davantage de parasites. D’autres difficultés attendent les producteurs bio : un besoin accru de main d’oeuvre pour le désherbage, des rendements plus faibles et irréguliers, une taille d’exploitation plus petite et le manque d’entreprises de transformation locales. Les effets d’aubaine liés à des prix de vente plus chers (entre 25 et 30%) ont souvent été moins importants qu’attendus. Enfin, et paradoxalement, la filière bio est davantage contrôlée que la filière traditionnelle.
Malgré ces difficultés, « la filière bio amorce aujourd’hui un changement à grande échelle ». Un développement trop rapide pourrait-elle lui nuire ? La France est l’un des pays où l’offre est la plus faible par rapport la demande. 33,5% des produits bios vendus en France proviennent de l’importation. Un règlement européen assure la définition du bio, mais certains pays profitent des zones d’ombre. En ce qui concerne les poules pondeuses, le règlement prévoit six poules par m2. Cela n’empêche pas les danois de développer des bâtiments à étages dans lesquels ils n’hésitent pas à mettre 12 poules. De fait, leurs œufs seront moins chers aussi. Alors qu’en France les vaches mangent des aliments qui proviennent de prairies, les systèmes hors sol des Danois tournent avec de l’ensilage . Ils nourrissent également des porcs bios avec la farine de poisson que la France interdit. Au-delà de l’Europe, il n’y a pas toujours de certifications claires et malgré les accords passés avec l’UE, tout contrôle est difficile. Le bio chinois monte discrètement en puissance mais il présente des travers sanitaires et par ses faibles prix il menace en autres la filière des marrons bios français. Le règlement européen ne traite pas non plus des exigences sociales qui font que l’Espagne fait du bio moins cher avec une main d’œuvre émigrée sans papier.
Peut-on alors parler de bio sans les valeurs qu’y associent les « purs et durs » ? A ce sujet des dissonances au sein de la filière se font entendre. Notamment par rapport à la grande distribution dont la logique semble incompatible avec celle de la culture bio (promotion sur le volume, prix tirés à la baisse, vente de produits bios qui ne sont pas de saison). En outre les produits vendus ne sont pas toujours bons en terme de nutrition. C’est pourquoi, ceux qui ont des exigences plus élevées créent des réseaux de distribution spécialisés. Le réseau Biocoop et l’association Nature & Progrès jugent la réglementation européenne insuffisamment contraignante et montrent, entre autres, qu’elle ne permet pas le retour à des variétés de semences locales. Ils créent cependant des labels bios privés plus exigeants (BioCohérence), et travaillent désormais à y introduire des critères sociaux.
Aude Binet





