









Un livre qui ne cache pas ses maîtres en voyage, Kerouac et London (les deux Jack). Parce qu’une stagiaire de Libé lui a demandé « Fais-nous rêver », Guillaume Chérel prend la tangente en 2008. Il suit en partie le périple Kerouac-Cassady d’une traversée est-ouest et ouest-est made in U.S.A... jusqu’à Mexico City en fourgon blindé ! Sur la route again paraît à l’heure où le voyage reste un moyen de rencontre et de découverte au hasard, certes affaibli par le tourisme et la multiplication de reportages sur nos derniers bouts du monde. Les bons voyageurs ne savent pas où ils vont ni d’où ils viennent (préface de l’écrivain irlandais Colum Mac Cann, auteur de La rivière de l’exil). L’auteur, en bonne compagnie de son Jack number one (Kerouac), sautille d’instant en instant, s’enthousiasme de référence en rencontre à brûle-pourpoint. Au fil des pages, surgissent une belle ghanéenne, un chevalier blanc, un black au regard perdu. Il dit les ruses pour dormir ad minima à 35 cents la nuit dans une « salle de cinéma sinistre de Détroit. Il dit ces brèves de bistrot – d’un bon sens exemplaire - entendues une fois dans sa vie : « Si tu vas de la montagne à la mer, quand la marée est haute, c’est déjà moins loin ».
Son écriture roule comme une pierre, s’étonne en emportant avec elle les micro-évènements. L’ouvrage (dont le titre) est émaillé de phrases en anglais, car le voyage c’est entrer aussi, par bout, dans la langue et la pensée de l’autre. Il est parsemé de quelques réflexions (« Ecrire, c’est voyager » ; Le voyage permet de « faire le ménage, le point, le bilan… Relativiser. Sélectionner : ce qui est toxique ? Qui est positif… »). Le voyageur a même des moments d’ennui et de vacuité où il cite Gilles Lapouge : « Qu’est-ce que je suis venu faire ici ? ». Chérel se livre à la seule cohérence de l’errance, avec pour continuité son panneau à succès qui annonce partout « I’m French ». De fait, il suit sa route « à prendre à double sens ». Il fait un bilan inattendu : 154 322 personnes rencontré, dialogue avec 12 345 en deux mois, bu des tonneaux de bière, vin ou whisky . Sur son chemin intérieur, il y a cherché les fulgurances de Kerouac, ce clochard céleste. Les a-t-il trouvées ?
Jane Hervé





