









La revue Silence a la qualité de ne pas faire silence – depuis 30 ans déjà - sur les problèmes sous-jacents à nos sociétés. Au fil de ses récentes quêtes, elle construit ses dossiers tantôt sur des situations géographiques concrètes (ex : alternative en Lorraine, janvier 2012), tantôt sur des réflexions plus philosophiques (Se former à la non-violence en mai, Ces croyances qui nous dominent en juin). Cependant les idéologies sont approchées de façon très pratique, s’incarnent dans des situations réelles, parfois quotidiennes. Ainsi la non-violence exige une formation à la régulation non-violente des conflits. Elle propose une méthode basée au départ sur l’expérience, puis des jeux de rôle et saynètes (pour reconnaître des situations de violence et éventuellement avoir le droit à la colère). Ces croyances qui nous dominent sont d’abord perçues comme dominantes parce qu’elles sont « celles des dominants » (ex : l’éternel féminin, le progrès, l’autorité du chef). Façon de dire qu’elles sont biaisées et procèdent souvent de la coutume muée en évidence. Leurs représentations sont étudiées et déconstruites à l’intérieur du corps social (stéréotype de la femme, du sexe ou du genre ; de l’illusion du scientisme salvateur ; de l’existence impérieuse du chef). La vraie dénonciation du pouvoir des croyances conduit à un questionnement : faut-il ou non procéder à leur réévaluation ? Pour ce faire, il faut retrouver une certaine rigueur, croiser les sources d’information, se méfier des statistiques ou des émotions, s’exprimer par la fiction. L’invitation à « imiter » car elle privilégie le local, le face-à-face, l’échelle humaine, semble moins universalisable (ex : si le local est raciste, FN ou haredim (cf. p 16), il vaut sans doute mieux se rebeller).
Le choix de la revue d’émailler ses pages de nombreuses brèves informatives ou polémiques, éclaire et prolonge ses choix parfois avec humour : l’évolution du climat peut nous conduire à faire de l’huile d’olive dans le beaujolais, le sexisme se cache dans les toilettes, un boulanger bio à vélo pourrait en inspirer opportunément d’autres. Et surtout pour l’été, un Alter-Tour nous permet de découvrir, semaine après semaine, la France autrement en « reliant la tête et les jambes » (Festival Résistances, L’autre faim dans le monde, l’expérience du domaine de Beauchamp, etc.). De quoi faire un tour de France à vélo sans chercher à se prendre pour un maillot jaune.
Jane Hervé





