









L’écologie est morte, vive l’écologie ?
Si vous étiez encore plus ou moins convaincu que le grand rassemblement du Grenelle était un formidable mouvement fédérateur en faveur de l’écologie et que l’effet de mode autour de l’environnement servait sa cause, la lecture de cet ouvrage devrait tuer vos dernières illusions. Tout y passe : l’instrumentalisation politique de l’écologie par Monsieur Borloo et Madame Kosciusko-Morizet, la récupération par GreenPeace de l’affaire médiatique juteuse du Clémenceau, le partenariat de WWF avec des entreprises du BTP en échange de « mesurettes » et ses liens avec l’apartheid en Afrique du Sud, la relation de FNE avec l’entreprise de certification douteuse du bois PEFC, et même ... le « boy-scout » Nicolas Hulot qui prétend que le Grenelle est un succès alors que la taxe carbone n’a pas été adoptée ! Un ancien businessman du secteur pétrolier aurait même détourné le concept de « sustainable development » au profit de celui de « développement durable » afin d’y inclure les enjeux économiques. De plus, Fabrice Nicolino rappelle que Monsieur Borloo a discrètement attribué les permis d’exploration des gaz de schistes en France. Il n’avait probablement pas eu accès aux enquêtes de l’Agence fédérale de l’environnement américaine (EPA), auxquelles nous renvoie judicieusement l’auteur .
Au-delà de cette traque aux écolos de la deuxième heure, les dénonciations de Fabrice Nicolino nous interrogent sur la cohérence des engagements de chacun et sur les évolutions du mouvement écologiste, c’est-à-dire sur leurs liens de plus en plus fort avec le monde de l’entreprise et de la politique et sur leur mode d’organisation.
Les associations écologistes tendent à se structurer comme des « entreprises ». Elles sont tenues de relayer les messages diffusés par un lointain siège international, les soustrayant alors au travail d’enquête de terrain. L’augmentation du nombre de salariés - et donc des frais de structure - sont allés de pair avec la recherche d’augmentation du nombre d’adhérents et de financements dont leur survie dépend. Elles risquent aussi de ne plus pouvoir compter sur l’activisme de leurs adhérents qui ne sont plus vus comme des acteurs, mais des financeurs. Voient-elles alors leurs activités et leur indépendance corrompues car trop dépendantes des donateurs ? Enfin l’entrée de l’écologie en politique en a fait un levier au service d’intérêts personnels avec les risques encourus pour la cause elle même. Le partenariat avec des entreprises et l’entrée de l’écologie en politique poussent à des discours plus « politiquement corrects », moins dénonciateurs du système établi. Certes, cela permet de sensibiliser des personnes qui se seraient braquées à l’écoute de positions plus radicales, mais comme le souligne l’auteur « le mélange d’associations écologistes avec le monde de l’entreprise se perd sans l’attachement des pures et dures à défendre un autre modèle de société et à dénoncer sans relâche le pillage de la planète. » D’après l’ouvrage, ces derniers se seraient laissés doucement corrompre.
Une pensée écologiste « pure et dure » demande à celui qui la porte de reconsidérer le lien entre lui-même et le modèle de société dans lequel il s’inscrit. Il se confronte alors à la limite de ses propres engagements. Le chemin peut être long de la prise de conscience à l’action. Nul doute : Fabrice Nicolino fait « partie de ceux qui veulent réformer le monde sur les bases humaines ». Or ces bases portent malheureusement les accusations de ce livre. Rares sont les êtres capables « d’être plus grand qu’eux-mêmes », de remettre en cause leurs acquis et leurs ambitions ou d’aller en prison pour défendre un engagement. Ceux qui ne le peuvent pas ne sont pas pour autant des parias, mais des humains, c’est tout. Nous ne pouvons donc qu’admirer, remercier et essayer de suivre le courage de ceux qui sont cohérents jusqu’au bout avec leurs valeurs et les défendent.
On regrette que l’approche radicale et sans concession du livre, s’attachant davantage à mettre en cause les organisations et les hommes qu’à approfondir les questions que cela pose, ait conduit à un refus de front des accusés de débattre avec Fabrice Nicolino pendant notre Festival du Livre et de la Presse d’Ecologie. Leurs apports sur ces débats auraient été précieux. Mais comme disait une jeune adhérente à un mouvement écologiste : « les écologistes sont et doivent rester des emmerdeurs ». Vive l’écologie !
Aude Binet
20,50 €





