









L’épais Nuage de cendre de la couverture, semblable à une fourrure de chèvre grisée, invite à ouvrir le roman islandais de l’écossais Dominic Cooper. L’Islande sauvage du XVIIIe siècle connaît la toute-puissance de la nature et des intempéries : une année tout entière où la glace perdure sans fondre en été, des jours et des nuits de blizzard, trois semaines de gel, dix mois de nuages de centre, des coulées de laves successives dans les rivières. Ces glaciers, de torrents, de vents, d’éruptions volcaniques, tous en fureur et entremêlés en des plaines sableuses, se répercutent sur la dure vie d’habitants isolés, alors soumis au rude colonialisme danois. Le lieu oppressant et les intempéries ravageuses expriment les tensions des destins en ces fermes où la solitude* est première, où la vie n’est souvent perceptible au loin que par le mince ruban de fumée s’échappant du toit. Ils en sont l’écho et le moteur, introduisant des rapports humains d’une violence inouïe dans le secret des maisons et le délaissement des villages.
En vérité, c’est l’histoire d’une vendetta à l’Islandaise. Elle débute avec un meurtre d’une femme islandaise par un shérif danois Jens. Elle se poursuit par une ramification de vengeances du shérif islandais Thorsteinn chargé de l’affaire et des descendants de la défunte. L’antagonisme entre les fils des deux shérifs devenus également shérifs (le danois Hans et l’islandais Pétur) se poursuit filialement. Chacun rejette l’autre, tout en persévérant en apparence dans leur mission de justice. Leur rivalité se greffe sur un inceste commis entre les enfants de la première victime : deux adolescents un frère (Jon) et sa superbe sœur (Sunnefa Jόnsdόttir). Elle engendre un viol du sheriff danois sur Sunnefa, lequel réitère la violence du père violeur sur la mère de la jeune violée. Du Sophocle version Reyjavik ! Le tout dans une atmosphère morbide de maladies (variole et vérole), de meurtre d’une victime dont on ne retrouve que l’oreille… Seules les grandes assemblées annuelles gèrent les méfaits, mais si longtemps après les faits que la victime devenue folle en meurt, coupant court aux vengeances. L’année ici dure toute une vie, ajoutant au dépaysement des cœurs et des lecteurs. C’est à la base une histoire captivante, vraie et complexe, parfois confuse. Dominic Cooper l’a peut-être lue dans le nuage des cendres de l’Eyjafjöll.
Jane Hervé
* Ambiance parfois de Breaking the waves.





