









Marie-Monique Robin, La Découverte-Arte Editions, 2011
C’est sans doute le plus effrayant de tous les ouvrages jamais lu. Marie-Monique Robin, dont on connaît l’exploration des méfaits du Monde selon Monsanto (film et livre), va encore plus loin, si tant est que cela est possible. Pour dénoncer maux et maladies actuels fabriqués par une industrialisation irresponsable, elle établit le lien manquant entre les effets (cancers, leucémie, maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, dysfonctionnement de reproduction) et leurs causes (environnement quotidien et alimentation tous deux rongés par d’innombrables molécules chimiques). En effet, des médecins ont rapproché leurs études sur le cancer et l’exposition aux pesticides pour constater qu’elles étaient associées. Le travail de fourmi de M.M. Robin (deux ans d’enquête internationale minutieuse) fait faire un pas de géant dans une certitude : les industriels produisent des produits toxiques et manipulent des résultats sanitaires avec le seul objectif de gagner toujours plus.*
Tout commence par le combat individuel d’un paysan (Paul François) intoxiqué par un herbicide Le Lasso, puis se continue par « l’appel de Ruffec » regroupant d’autres cultivateurs malades. La liste les pesticides est éloquente : du zyklon B (de sinistre mémoire) à l’agent orange (Viet-Nam) en passant par le DDT. Des travaux comme ceux de Rachel Carson sur la destruction des fourmis argentines montrent que les pesticides sont aussi biocides. La catastrophe de Bhopal de l’union Carbide révèle le ravages de l’insecticide sevin, l’emploi du malathion au Pakistan pour éradiquer le paludisme empoisonne des travailleurs et suscite la résistance des anophèles, des journaliers chiliens sont brûlés au second degré par des pesticides...
En France, les coopératives agricoles - Coop de France - font « la loi » imposant des « poisons chimiques cachés sous le vocable de santé végétale ». Les intoxications d’agriculteurs (Dominique Marchal) révèlent que le tableau des maladies professionnelles du régime général s’allonge jusqu’à 114 maladies (des infectieuses comme le tétanos aux pathologies liées à arsenic, l’amiante, le plomb, le benzène). De fait, D. Marchal a manipulé 250 pesticides contenant du benzène, mais fournir une preuve est quasiment impossible (il ne reste guère que les factures du fabricant). Or les animaux - baleines, les dauphins et les phoques - connaissent des perturbations de leur système immunitaire résultant de la pollution aux pesticides. En réaction, d’une part les industriels dénigrent les essais sur les animaux, prétendant qu’ils ne sont pas pertinents pour les hommes ; d’autre part, ils prennent ou essaient de prendre le contrôle des agences chargées de la sécurité et de la santé (au travail ou ailleurs) afin de préserver les ventes de leurs produits. Au fil de cette terrible enquête apparaissent les « manipulations des données scientifiques, les campagnes de diffamation des autorités publiques complaisantes, la presse qui se révèle intoxiquées (elle aussi !)... Nous en sortons désemparés.
Sans compter que ces molécules chimiques dénoncées sont des arbres qui cachent le foret de celles que l’on soupçonne sans avoir encore de certitudes. Lorsque nous constatons la présence d’aspartame de nombre de produits alimentaires et pharmaceutiques étiquetés perfidement « sans sucre », nous sommes rongés d’inquiétude, tentés par le boycott. Qu’attendre ? Qu’un(e) autre journaliste Courage, persévère dans d’autres enquêtes dénonciatrices (paraben, etc.)
Jane Hervé
*au risque d’ailleurs de se pourrir eux-mêmes par la même occasion !
22 euros.





