









Paris n’a pas été donné à Anne Hidalgo ni par des ascendants prestigieux, ni par sa propre naissance. Au contraire, cette femme a apprivoisé la capitale, peu à peu, à partir de sa filiation andalouse. Née à Cadix, elle va « renaître » à Paris. Au fil du temps, elle découvre ce dernier lieu comme un être humain vivant à son côté : quartier par quartier, exigence par exigence, qualités et défauts, forces et faiblesses toujours successifs. La ville émerge de son désir d’y vivre, sa volonté d’y travailler et sa détermination présente de la transformer. Par son engagement et ses activités, elle est devenue « sa » ville à la fois « intelligente, durable, humaine, ouverte ». L’auteure s’en fait l’ambassadrice, dans cette France devenue son pays, autrement dit « celui qui (lui) a donné (sa) chance ».
Nul doute, Paris vaut bien un livre ! Cet ouvrage, inscrit d’évidence dans la proche campagne des élections municipales, est écrit par une postulante compétente et avertie à la mairie de Paris. C’est son programme militant et responsable. Première adjointe au maire B. Delanoe, A. Hidalgo a mué ce Paris livresque en questions sur l’avenir de Paris. Elle répond aux interrogations essentielles émergeant de son expérience auprès d’un édile de gauche. Qui a le droit d’y habiter ? Comment y vivre ensemble ? Que faut-il construire ? Quelle place pour l’automobile ou pour les musées ?
Nous en retiendrons quelques aspects humains et écologiques. Sur le premier plan, il faut reconnaître que nombre de « Parisiens » sont « nés ailleurs » (deux sur trois). Comment alors vivre ensemble dans un Paris qu’on veut solidaire, mais dont la dimension sociale est de plus en plus préoccupante : 5000 SDF dans les rues, 3 milliers de repas offerts, des problèmes de santé (dépistage du sida, cancer, maîtrise des risques de drogue). Impossible de ne pas lutter contre l’immigration clandestine dans cet espace qui n’est pas extensible, mais il faut régulariser les Sans papiers qui y ont bâti une famille. Un impératif donc à ne jamais oublier : les logements sociaux.
Quelle place pour l’écologie ? Cette candidate pour qui l’écologie est un « humanisme », y a été sensibilisée par son « féminisme ». Elle conçoit une ville « polycentrique », mais qui doit être « dense » pour être durable (avec des « tours à dimension de ville européenne »). Opposée à une « ville étendue » (style Los Angeles), elle veut y faciliter les déplacements courts. L’urbanisme doit conjuguer les lieux de travaux et d’habitation, évitant de faire du centre un lieu de travail qui rejette au loin (banlieue, etc.) les domiciles des travailleurs. Ce pourquoi, Hidalgo ne pense pas Paris sans le grand Paris. Il est ensuite impératif de limiter la pollution par automobiles interposées, ce qui explique le lancement des Velib et Autolib. Et aussi en vrac…Il faut se méfier du suremballage, des aérosols, des sacs plastiques. Faire ainsi passer les bouteilles en plastique au verre, comme l’eau de Paris l’a déjà fait. Responsabiliser la ville pour qu’elle traite ses propres déchets « sans odeurs ». Envisager une limitation de vitesse et un péage pour les camions (non les automobiles des travailleurs). La théorie dite des « 3 R » s’impose : réduire (sélectionner les achats), réutiliser, recycler (des produits ayant le moins d’impact sur l’environnement). Ramasser les mégots (permettons-nous de suggérer une réflexion sur les chewing-gums incrustés dans tous les trottoirs en un tableau pointilliste !). Végétaliser les toits et des murs, etc.
Au terme de cette recherche**, il apparaît qu’Anne Hidalgo essaie de pallier les excès (universels !) de l’inéluctable urbanisation. Une forme de sagesse urbaine. Elle a commencé à le faire. Un défi de gestion et de gouvernance urbaine dans ce monde dominé par les puissances d’argent.
Jane Hervé
* Chargée de l’égalité femme/homme (charge plus sociale), puis de l’architecture et de l’urbanisme (charge plus technique).
** Qui réfléchit aussi à la position dans une économie mondialisée ou au faux péril jeune.





