









Ce livre Manifeste Négawatt est à mettre entre les mains et les neurones de nos dirigeants pour les pousser à préparer la nécessaire transition énergétique. C’est un programme-scénario de sortie du nucléaire. Exigeant et synthétique, il traite de cette « énergie » sur laquelle nos vies et sociétés se sont récemment élaborées. Son importance est déterminante bien que nous ayons jusqu’alors omis de la penser et la respecter en tant que telle. Chaque instant de vie se calcule pourtant en dépense d’énergie : manger, boire, se déplacer, se chauffer, etc. Or nos comportements sont d’une coupable légèreté. Nous usons et abusons des ressources énergétiques (électricité, essence, etc.) comme si elles étaient illimitées. Cette grave erreur d’appréciation frôle l’aveuglement.
Rédigé par 25 experts et praticiens de l’énergie aux attributions diverses (ingénieurs, sociologue, etc.), le manifeste inscrit sa démarche citoyenne à l’intérieur d’un contexte démocratique. Il croise d’impressionnantes données (1 million de données et 2500 paramètres) pour faire une simulation pertinente en 2050. L’énergie est aujourd’hui « en crise », prise en sandwich entre la fin des énergies fossiles, les transformations climatiques, le danger du nucléaire, etc. Faire le point nous impose de reconnaître avant de rectifier nos égarements et faux pas : premièrement nous ne sommes pas indépendants énergétiquement, deuxièmement nous exagérons l‘usage de l’électricité, troisièmement nous écartons les énergies renouvelables (sans oublier l’énergie « grise » nécessaire au recyclage).
Que faire ? Il faut d’abord identifier les potentiels de « sobriété » et d’ « efficacité » dans un contexte en modification permanente (déplacement des usagers, protection des bâtiments, etc.). Vite dit, mais la simple exploration de ces états est déjà la résultante de divers croisements. Ainsi, il faut distinguer la « sobriété dimensionnelle » (ex : achat d’un équipement), de la « coopérative » (mise en commun d’un instrument) et de celle « d’usage » (limitation de la durée et du niveau d’utilisation). De même, l’efficacité se nuance dans la chasse au gaspi. Il y a « l’adaptative » (utilité), celle « de fonctionnement » (réglage, éviter les pertes) et la « productive » (transport, carburant).
Quelle piste suivre ? Etre sobre et efficace, prôner le renouvelable impose de ne pas se laisser illusionner par de « fausses solutions ». Il faut une « boussole pour mener cette action ». L’Association négawatt qui a pensé synthétiquement la situation au plan universel peut en être une. Il faut identifier les potentiels énergétiques de sobriété et efficacité, créer une Haute autorité, rompre avec le capitalisme énergétique en territorialisant la gouvernance du projet.
Les dix commandements Négawatts se résument en :
1 -créer une haute autorité indépendante de la transition énergétique et un instrument juridique orientant et programmant les problèmes énergétiques et climatiques. Expertises contrôles, etc. seront de son ressort.
2 - opter pour une gouvernance territoriale de l’énergie, autrement dit donner du pouvoir aux communes qui informeront et sensibiliseront la population par le biais des associations locales. Elle coordonnera la gestion des différents réseaux publics d’énergie (gaz, électricité, chaleur), tout en contrôlant l’urbanisme et les permis de construire. La collectivité locale deviendra un « service public de l’énergie ».
3- élaborer un « urbanisme négawatt » ancré dans les territoires, autrement dit rompre avec l’urbanisme de facilité pour construire des bâtiments aux faibles besoins énergétiques,
4 - rénover et investir dans des bâtiments « énergétiquement sobres ».
5 - choisir également des bâtiments « énergétiquement efficaces » en pensant à l’éclairage résidentiel et aux équipements efficaces.
6 - optimiser l’usage de « l’électricité spécifique », qui ne peut être remplacée par d’autres énergies, conduit à diviser par 2 la consommation des ménages.
7 - établir une redevance sur les transports,
8 - en terminer avec la production nucléaire en organisant le processus dre fermeture des usines
9 - soutenir et donner la priorité à l’essor du renouvelable,
10 - fixer une contribution environnementale sur les énergies primaires (trouvée dans la nature) jusqu’à l’énergie finale (payée par le consommateurs). Ces revenus bénéficiera au projet écologique et créera des emplois.
Ce livre se veut optimiste. Le scénario de développement proposé juge possible de réduire en France notre dépendance aux énergies fossiles, de se passer du nucléaire en 20 ans, et de diviser par 16 les émissions de CO2 énergétique en 2050. Son originalité : envisager en beauté et en solidarité cette transition.
Jane Hervé





