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La 13e édition du festival
Le 17-18 octobre 2015
A la Bellevilloise
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Les animaux aussi ont des droits
Boris Cyrulnik, Elisabeth de Fontenay, Peter Singer. Entretiens réalisés par Karine Lou Matignon avec la collaboration de David Rosane.

Le titre de l’ouvrage Les animaux aussi ont des droits est à la fois une affirmation et une revendication du droit des animaux. Ces droits potentiels sont brigués en raison des innombrables droits – parfois abusifs - que se sont arrogés les humains. Ils ne pourront pourtant pas ne pas être modélisés à partir des droits de l’homme déjà institués, sans doute à leur frontière, car il semble impossible d’échapper à un anthropomorphisme juridique. L’adverbe « aussi » est d’autant plus nécessaire que d’innombrables agressions humaines sont commises à l’encontre des animaux. Si le droit des hommes existe déjà (complexe et varié), celui des animaux domestiqués ou sauvages est donc à inventer. Première question : qui a donc le droit de parler du droit animal si ce n’est nous qui ne sommes finalement que des animaux parfois améliorés, parfois dépravés ? Parfois scientifiques, parfois charcutiers, parfois végétariens, parfois carnivores, parfois observateurs éthologues, parfois dompteurs de lion ou de dauphins….
Quel statut leur donner ? Ces compagnons de vie si proches génétiquement (jusqu’à 99% de similitude) respirent le même air, mangent les mêmes aliments, dorment sur le même sol et nous côtoient sous forme domestique ou sauvage. Le ver de terre et le chimpanzé sont-ils de simples objets chosifiés ? Sont-ils de véritables sujets ? Autrement dit, des sujets aptes à penser (ruse et politique), à se penser eux-mêmes et à agir selon des techniques et compétences liées aux moyens corporels à leur disposition. Chaque espèce a certes son propre langage, mais nulle ne parle le nôtre. Seuls certains chimpanzés (Washoe) ont appris le langage des signes corporels, révélant qu’ils observent le monde (le cygne devient un « oiseau aquatique »). A ce mutisme apparent, nous opposons les présentes réflexions en gestation. Le temps semble venu de faire accéder l’animal à un statut nouveau, de nous interroger sur lui comme jadis sur les enfants (avec J.J. Rousseau) ou les esclaves avant de les intégrer d’une façon ou d’une autre à notre panorama humain. Au fond, il y a peut-être plus de distance d’homme à homme que d’homme à bête, comme le soutenait Montaigne ?
L’ouvrage progresse en trois temps qui se recoupent, se croisent et parfois se confondent. Trois penseurs établissent une chaîne dont les maillons sont les interviewers (K. L. Matignon et D. Rosane) : les animaux « libérés » du bioéthicien P. Singer, « considérés » par la philosophe E. de Fontenay et « révélés » par l’éthologue B.Cyrulnik. De fait, on libère ce dont l’existence est prise en considération et révélée ; on ne révèle qu’en considérant ; on ne considère qu’en reconnaissant la liberté de… Autant d’étapes logiques qui s’inversent volontiers. Au fil des pages s’esquissent les interférences, les accords globaux et les désaccords subtils. Parler de ce qui est soi mais ne l’est pas totalement (l’animal) est une entreprise délicate où le dépaysement apparent (entre espèces) cède la place aux ressemblances réelles, tant il nous est impossible de ne pas être quelque peu nous-mêmes (des penseurs aptes à la logique ou à la polémique) en analysant le monde des bêtes.
Selon l’éthologue Boris Cyrulnik, pour voir et comprendre ce qui a du sens – aussi - pour l’animal, il faut « penser comme lui ». En parler, c’est constituer sa « manière d’être animal ». 0bserver est le début d’une « attitude morale » : on découvre peu à peu « l’individualité animale » faite de « tempéraments et développements différents du sentiment de soi (non de l’histoire). L’éthologue pose aux animaux des questions dont les réponses montrent qu’ils ne sont pas des machines. Dans les années 30, Von Uexküll parle le premier de l’Umwelt animal, ce monde propre subjectif animal (cf. le traité d’Amsterdam le reconnaît en 1997 comme « être sensible »). Rappelons que Giordano Bruno avait été brûlé vif en 1600 pour avoir soutenu –entre autre avec l’héliocentrisme et un monde infini - que ….singes et hommes étaient parents.
Elisabeth de Fontenay propose en philosophe une nouvelle définition de l’homme, cet être « vivant » qui voit nomme, appelle, répond. Bref, il possède le langage articulé déclaratif (rhétorique donnant une information), alors que l’animal manifeste par des signes corporels et environnementaux exprimer de croyance, ni tenter de prendre la parole ou de persuader. Sa pensée philosophique continuiste et évolutionniste fait de l’homme un animal (nature) qui appartient aussi au monde de la culture et de l’histoire. En chacun de nous se trame à la fois l’évolution des espèces, l’histoire culturelle et l’histoire personnelle (J.P. Changeux). Donner des droits aux animaux pose d’évidence un problème : si on les donne aux singes, on en oublie d’autres bêtes. Il y a cependant une échelle des vivants selon la nature et le degré d’organisation. L’animal possède la nociception avec ses réflexes aux divers stimuli, peut éprouver une douleur en cas d’émotion ressentie et une souffrance en cas de conscience (chez les mammifères. Il est possible d’envisager un statut des animaux comme « patients moraux » (comme P. Singer). L’animal s’avère être une « personne juridique » (ex : protection contre les abus d’un propriétaire), sans être pourtant considéré comme « un sujet de droit ». Pour la philosophe, la Déclaration universelle des droits des animaux proclamée en 1978 est généreuse, mais elle « personnifie » l’animal, ce qui semble excessif.
Le bioéthicien Peter Singer se demande comment devons-nous vivre avec les animaux ? Tout dépend assurément de l’idée que nous en avons : animal-moyen, fin, machine, ou en souffrance. Toute théorie du droit implique que les êtres vivants ont certains droits, dont celui de ne pas être torturés. « Tout le monde devrait être antispéciste et considérer l’animal même s’il n’appartient pas à l’espèce humaine », refuser son exploitation et sa maltraitance par les êtres humains. Pour lui, tous les individus - quelle que soit leur espèce - méritent le même respect et ont la même dignité. L’éthique animale ne saurait être la même pour tous les animaux : certains sont des sujets moraux (les grands singes, les éléphants, les canidés, les cochons), Tous les anthropoïdes font partie de la communauté des égaux car ils ont conscience de soi. Le singe a ainsi une conscience de soi qui peut être temporelle qui planifie l’avenir et qui a la capacité de sentir a douleur. Les autres ne le sont pas lorsqu’ils n’ont qu’une individualité sans posséder de conscience de soi. Ils ne pourraient accéder au rang de « sujets moraux », mais seraient des « patients moraux qui ne peuvent être susceptible d’une évaluation morale mais ont droit à la vie, à la liberté. L’égalité devrait être « de considération », mais elle n’impose pas qu’on les traite comme des hommes. En cas de souffrance, ils cependant ont droit à la même considération.
Ces trois penseurs tout en nuances sont en quête de redéfinition argumentée du droit de tous les vivants à vivre d’une façon ou d’une autre et à ne souffrir en aucune façon. Ils participent à une théorie des ensembles du monde animal dont les sous-ensembles tiennent compte de la logique scientifique et de la thèse philosophique sur fond de biodiversité. Titillés par l’argumentation pertinente et fournie des interviewers, ils modernisent et actualisent l’approche du monde animal, le nôtre finalement. Ils posent les bases d’une attitude humaine qui fera des animaux des « patients moraux » à la façon des bébés d’hommes à qui nous ne devons pas faire le moindre mal. Ils disent ainsi que nous ne sommes plus seuls au monde.
Jane Hervé





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