








Le cinéaste Wim Wenders a suivi l’itinéraire du photographe Sebastiao Salgado. Son film puissant Le sel de la terre commence et finit - presque - sur le lieu de naissance de l’artiste*. Le photographe capte d’abord, avec intelligence et beauté, l’épreuve des travailleurs de l’or, des affamés, des populations massacrées, asservies ou contraintes à exodes multiples. Autant de photos, profondément politiques, qui ont été exposées à travers le monde. Il épuise peut-être son propre regard en l’engageant dans de si insupportables douleurs d’adultes et d’enfants en Amérique latine, en Afrique, etc. Comment survivre à une telle débâcle humaine ? Salgado reprend son souffle. Il renouvelle sa vision ces dernières années en cherchant tout ce qui constitue la Genèse de la nature : les cimes et mers magnifiques, la tortue de Darwin, la baleine amoureuse des caresses, etc. Il lance alors un hymne à la vie, comme si tout recommençait. Il trouve même un moment de paradis humain dans une tribu d’Indiens amazoniens. Il s’établit subrepticement un double parallèle avec sa propre famille. Son bétail et sa belle terre ancestrale, en souffrance car asséchée par une redoutable érosion, a été renouvelée par la plantation de millions d’arbres. Il intègre également à cette renaissance lumineuse la naissance de son enfant trisomique qui, au fond, leur apprend un autre rapport à l’humain et à la vie.
Jane Hervé
*Tout comme le roman du brésilien Antônio Olinto (Le Roi de Ketou) où l’être revient mourir sur le lieu même de sa naissance.





