









Cet ouvrage si vivant est une initiation réaliste – j’oserais dire raisonnable – à un voyage contemporain « responsable ». Il place le futur voyageur au cœur d’une diversité humaine dûment répertoriée et désormais connue de tous. Cela impose donc une nouvelle manière de penser le voyage. Les globe-trotters des années 2013 ne ressemblent en rien à leurs ancêtres voyageurs, car l’effet de surprise à la Marco Polo est des plus improbables. Quelle est donc l’objectif de l’auteure de ce livre, Geneviève Clastres, gaiement illustré par L. Placin ? Il prépare les jeunes à ce qu’ils découvriront avant, pendant et après le voyage avec la volonté de déciller regards et pensées au nom d’une réelle tolérance. Trois moments qui placent petit à petit des repères humanistes pour qu’émerge un voyageur d’avenir (durable, écolo, respectueux, etc..).
Avant de partir, le néo-voyageur s’interroge sur le « pourquoi » de son déplacement : découvrir le monde ? savoir d’où il vient ? Force est de s’interdire certains pays (instabilité, guerre, catastrophes naturelles). Il ne peut échapper à certains préparatifs : comprendre que les langues peuvent être des « barrières », mais aussi une porte d’entrée dans le pays ; être attentif à l’histoire ; préserver les espaces (déforestation, désertification, etc.) ; être vigilant sur les transports (attention à la pollution, car le chameau et cheval ou même le train pollue moins que l’avion) ; faire sa valise. Il lui faut anticiper une manière autre de vivre le temps (lenteur ici, vivacité ailleurs). L’invitation est faite à « être responsable (choisir les hôtels en évitant les grands, soutenir le petit commerce au village, respecter les habitants, ne rien gaspiller). Les auteurs déroulent ensuite l’histoire des lieux d’accueil continent pas continent (Amérique)
Pendant le voyage, les « regards croisés » entre néo-voyageur et habitant sont conseillés. Comment aborder « ce qui n’est pas comme chez nous » (pas de papier toilette au Sénégal, des femmes voilées, etc.) qui est source de « malentendu ». Quelles sont les grandes religions, les ressources du pays (parfois sacrées, parfois à préserver), l’architecture des maisons adaptées aux besoins (dans les arbres en Papouasie, dans une yourte en Mongolie), les vêtements portés (huipils maya ici, kimono japonais là, jean ailleurs), les boissons appréciées (thé et légendes indiennes, café éthiopien ou européen), les petits métiers du voyage (chauffeur de car, porteur de trek, etc .), les cuisines (le plov d’Ouzbékistan, le feijoado du Brésil), les festivités, la visite chez l’habitant et enfin… le retour « sain et sauf ».
Après le voyage, il faut se réhabituer. Le jeune raconte le voyage aux copains (paroles, objets interposés), montre ses souvenirs (cartes postales, ticket train…). Pour terminer, l’auteur propose de réfléchie sur les limites actuelle du tourisme* devant une nature qui s’essouffle, un patrimoine qui se détériore. Deux conseils : respecter la nature, protéger le patrimoine, valoriser les hommes et les cultures du monde et enfin – si possible – garder le contact.
Si la sagesse préside à cette initiation, il est impossible de ne pas s’interroger : que sera le voyage dans les années 3000 ? Sera-t-il encore possible ?
Jane Hervé
Voire Le Monde du samedi 7 septembre 2013, Chroniques de Michel Guerrin, Protéger, c’est détruire, p 18.





