








Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau aura lieu du 14 au 17 mars 2012 à Marseille. Son objectif est de construire une alternative concrète au VIème Forum Mondial de l’Eau (FME) organisé par le Conseil Mondial de l’Eau la même semaine. La crise mondiale de l’eau implique une remise à plat des méthodes de gestion de cette ressource pratiquées depuis un certain nombre d’années.
La crise mondiale de l’eau.
884 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à une eau potable de qualité et plus de 2,6 milliards ne disposent pas d’installations sanitaires de base . Les maladies liées à l’eau sont la première cause de mortalité dans le monde. En 2010 l’ONU a déclaré l’accès à une eau potable, salubre et propre comme un droit fondamental humain. Alors qu’il y a suffisamment d’eau sur terre pour les êtres humains, les causes de la crise de l’eau sont multiples. L’accroissement démographique (10 milliards d’humain attendus en 2050 contre 7 milliards aujourd’hui) augmente les besoins en eau là où elle n’est pas toujours disponible. L’urbanisation de la population nécessite le financement d’infrastructures importantes d’approvisionnement et d’assainissement. Parallèlement, les pollutions de l’eau liée à l’agriculture et aux rejets industriels diminuent nos ressources en eau potable, augmentent les coûts de traitement de l’eau et accroissent ainsi son coût global.
Un forum mondial influent qui manque de légitimité.
Pour faire « avancer la cause de l’eau », des acteurs publics, privés, et associatifs se sont regroupés en 1995 au sein du Conseil Mondial de l’Eau afin de développer une vision stratégique commune sur la gestion des services et des ressources en eau. Tous les trois ans les échanges et les débats s’élargissent à d’autres participants lors du Forum Mondiale de l’Eau. Il se termine par une conférence ministérielle qui débouche sur une déclaration commune. En 2005, le Conseil a obtenu le statut spécial de « consultant auprès de Nations Unies » qui lui donne le droit de siéger dans des commissions et d’y exercer son influence.
Pourtant plusieurs éléments viennent remettre en cause sa légitimité d’intervention auprès des pouvoirs publics. Ce Conseil est censé représenter des intérêts publics, mais il n’est pas placé directement sous l’égide de l’ONU. Ses membres, même s’ils ont des statuts variés, adhèrent sur demande en payant une cotisation. La vision stratégique portée par cet organisme est donc représentative de celle de ses membres et non de l’ensemble de la problématique mondiale de l’eau. Enfin son président Loïc Fauchon est le PDG de la Société des eaux de Marseille (SEM), filiale de Véolia. N’y a-t-il pas un conflit d’intérêt entre ses deux missions ?
Une remise en cause de la gestion traditionnelle de l’eau.
Dans les pays en développement, les préconisations des institutions traditionnelles (Banque Mondiale, FMI, Ministères) sur la gestion de l’eau, sont généralement le financement de la construction des infrastructures sanitaires par des entreprises privées (Véolia, Saur, Lyonnaise des eaux) en contrepartie d’une privatisation de la gestion de l’eau potable sur des durées allant de dix à trente ans. Les limites de ces préconisations sont maintenant connues : mauvais développement des réseaux, non respect des engagements, accroissement des inégalités, surfacturation. Dans les pays développés, les modes de gouvernance des acteurs privés de l’eau et la trop grande connivence entre secteur public et privé sont régulièrement dénoncés (corruption, trafic d’influence, perte de contrôle des institutions publiques, abus de position dominante). Les acteurs traditionnels participants aux processus de décision sur la gestion de l’eau ne sont plus à même de trouver des solutions permettant de répondre à la crise qui a commencé.
Un forum alternatif pour trouver d’autres solutions.
Depuis 2003 le Forum Alternatif Mondial de l’Eau se déroule en parallèle du Forum Mondial de l’Eau. Ce forum est aussi un espace de discussion et d’échange, mais il ne cherche pas à construire une vision commune de la gestion de l’eau. Il « ne prétend pas représenter tous ceux qui luttent pour la préservation de la ressource en eau ». Il soutient les actions et les solutions locales. Il promeut la concertation pour la répartition des usages de l’eau, le principe participatif (celui de la ville de Porto Allègre ou le programme socio-environnemental Cultivando Agua Boa) ainsi que les solutions écologiques et le moins brevetables possibles pour son traitement (récupération d’eau de pluie, recyclage des eaux usées, lagunage, récupération de l’humidité dans l’air, de la rosée du matin, pompage manuel à énergie solaire, etc.). Il s’oppose à la rémunération du capital concernant ce bien, afin d’éviter que l’eau ne tombe entre les mains de quelques organismes privés. Ce mouvement a soutenu les luttes contre la privatisation de l’eau en Amérique du Sud et en Italie et s’inscrit dans les mouvements des Forums Sociaux Européens. Enfin, contrairement au forum officiel, le forum alternatif ne débouche pas sur une déclaration, mais sur l’exposé des décisions prises par ses participants. Elles sont présentées non comme une position officielle, mais comme le résultat des délibérations des instances participantes.
Aude Binet





