









Lane, admirateur d’Henry Thoreau
La vie dans les bois est un petit bijou éditorial par sa texture, sa graphie et ses lithographies en ombre chinoise. L’auteur Charles Lane, précurseur de l’écologie et proche d’Henry Thoreau, est un libertaire jusqu’au‐boutiste et transcendentaliste (le concept est au coeur de l’expérience). Né en 1800 et décédé en 1870, Lane cherche l’équilibre entre les vies sauvages et civilisées tout en les opposant radicalement. L’homme civilisé se protège par la maison et la palissade qui sont autant d’ « abris contre l’agression d’autres civilisés ». Cet « intellectuel » qui apprend dans le livre, porte la froideur de la mort et est un fervent utilisateur de la « chimie * » (au sens de mesure, de poids des éléments). Au contraire, l’homme des bois est un « affectif » qui vit dans la nature. Il connaît « la chaleur de la vie » qu’il « savoure » en éprouvant une réelle « joie de vivre ». Ses sens, intégralement préservés, lui sont une entrée directe dans la nature. Il porte des vêtements sans en changer pour les autres.
On pourrait certes argumenter sur le bien‐fondé de cette dichotomie entre les habitants des bois et des villes, laquelle n’est pas si rigide et simpliste que Lane le laisse croire. L’homme dit « des bois » a nécessairement une perception, donc une organisation rationnelle du monde (et non réduit à des affects) ; celui dit « des villes » n’échappe pas aux lois de la nature (affections du corps, maladie, etc.). Ce dernier n’est‐il pas autre chose qu’une version améliorée de son ancêtre des bois, à ceci près qu’il a largement oublié d’où il vient ? Les colifichets dont le civilisé s’entoure (artifices, technologies anciennes et nouvelles, moyens de transports, instruments de cuisine, etc.) masquent sa nature originelle d’homme tout en l’imitant. Au demeurant, la croyance que nous puissions comprendre et imaginer ce qu’est l’homme des bois n’est peut être qu’une construction d’un esprit civilisé désemparé. Quoiqu’il en soit, Lane a cherché à vivre selon son idéal, en participant à un phalanstère fouriériste. Après le semi‐échec de Fruitsland , il explore Brook Farm. Il profite de ce séjour pour régler son compte à la gent féminine : l’instinct maternel pousse vers « le foyer individuel »plutôt que la vie collective ! Etait‐ce bien l’essentiel de la vie dans cette ferme si originale.
Jane Hervé
12 euros





