








Modifier les notions économiques d’évaluation de PIB (produit intérieur brut) en y introduisant ‐ enfin ‐ un « indicateur de développement humain »*, (autrement dit des éléments concernant la culture, le bonheur, etc.), est une façon de ruer dans les brancards idéologiques mondiaux qui sont nôtres. C’est un soulagement de reconnaître que le bienêtre des hommes et femmes ne se mesure pas seulement à l’épaisseur du porte‐monnaie : d’autres éléments - moins « bruts » mais en tout cas intérieurs ! ‐ peuvent y participer.
Il y a une sagesse humaniste dans l’idée de « sobriété heureuse » (propre à Pierre Rabhi et reprise par Patrick Viveret). Façon de dire que le bonheur ne git pas nécessairement dans la possession de biens matériels, mais s’infiltre également en dehors. Le monde des objets envahisseurs** peut être allègrement réduit, en cas de moindre influence des actuelles coutumes de consommation. Il en émergerait probablement un monde moins malheureux et moins dépendant de l’argent.
Limite et mesure ont été pensées par les anciens philosophes, sous forme première de simplicité logique : la parcimonie. Un principe parfois nommé « d’économie ». Aristote invite ainsi à accepter des principes en nombre limité. Leur petit nombre peut permettre de réaliser ce qui l’est souvent par un plus grand nombre. Dans la même lignée, Guillaume d’Occam invite à ne pas « multiplier » les êtres/entités « sans nécessité ». Ces penseurs prônaient ainsi une « parcimonie » qui n’est pas si éloignée que cela de la « sobriété » viveresque. Le sens de l’épargne peut s’appliquer à la réduction aux besoins, ébauchant une sagesse trop vite écartée par les délices de la consommation. Le bonheur présent se conçoit trop vite par la possession d’objets qui manquent ou sont absents (objets de tous ordres, dont les possessions vaines ou inutiles). Une invitation à la modération des désirs et passions, une recherche de la juste mesure peut conduire à apprécier ce qui dépend vraiment de nous (Epictète) en écartant - au maximum ‐ le reste.
Il est vrai qu’une telle inscription et conception du bonheur de l’homme dans un moindre avoir et un moindre posséder ouvre sur des conceptions et idéologies qui, jusqu’à présent, étaient souvent dérivées du religieux (derviche, saddhu, ascète, etc.). L’originalité de Patrick Viveret est d’avoir revivifié ce concept en laïcisant le bonheur et en dénonçant la quête fébrile et sans fin du consumérisme (énergétique, alimentaire, etc.). Reste à tout un chacun de faire le ménage, d’abord avec pondération, dans sa propre écurie mentale et matérielle !
Jane Hervé
* proposé par le rapport Stiglitz.
** Consulter les catalogues publicitaire de certains grands magasins (p4, maison du bonheur ; p 6 rayonner de bonheur ; p 8 savourer son bonheur ; p 10 la recette du bonheur, etc.) invitant à des achats diversifiés dont on peut douter des effets bienheureux (lampe de chevet, gamelles, verres, etc.). Il n’y manque d’ailleurs que les pilules du bonheur !





