









L’écologie lance un appel (ou un rappel) à la Nature sous diverses formes. Les philosophes ont déjà ébauché une certaine idée de ce monde d’animaux, arbres et humains. Ainsi Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur l’origine de l’inégalité (1755), dénonce - non sans lucidité - les suppositions faites d’un homme qualifié comme vivant « à l’état de nature ». Tous ceux qui s’y sont essayé ont décrit un être appartenant à une quelconque société, jamais exempt de comportements sociaux. L’homme sauvage n’est donc qu’une simple hypothèse ! Il n’empêche. Rousseau propose d’ailleurs la sienne propre : celui-ci « erre dans les forêts » au milieu d’un peuple d’arbres. Il ne parle pas, vit sans « domicile », ne guerroie pas, etc. En résumé, il est immergé dans un ordre instauré par la nature.
En quoi se distingue-t-il de la bête ? L’animal a des « idées », car il a des « sens » qu’il combine « jusqu’à un certain point » (Rousseau ne le précise pas). Ainsi animal et l’homme à l’état de nature possèdent un certain « amour de soi ». Rien de narcissique, car ce sentiment est une simple tendance à préserver sa vie. Tous deux vivent en un monde exempt de raison : « L’état de réflexion est contre la nature et un homme qui médite est un animal dégénéré » ! L’homme ne se distingue de la « bête que du plus au moins ». Qu’a-t-il donc de plus ? On pourrait penser ses capacités intellectuelles. Il n’en est rien. L’homme a une aptitude à cette liberté, dont l’animal est privé car il dépend totalement de la nature en lui. L’homme, lui, peut « acquiescer ou résister » à cette nature originelle. Il instaure la division du travail et la propriété privée qui vont rompre l’égalité originelle. Il n’est donc plus question d’amour de soi, mais désormais d’ « amour-propre » (on s’intéresse plus à soi qu’aux autres).
Dans ses Confessions, œuvre posthume, la nature reste une hypothèse. Cette impossibilité d’accéder à elle donne à Rousseau une liberté interprétative évidente. La nature est source de sentiments variés, décor de rêveries envahissantes qui esquissent une vie plutôt rustique. « Dans les prés, (Rousseau imagine) de folâtres jeux ; le long des eaux, les bains, des promenades, la pêche ; sur les arbres, des fruits délicieux ; sous leur ombre, de voluptueux tête-à-tête ; sur les montagnes, des cuves de lait et de crème, une oisiveté charmante, la paix, la simplicité, le plaisir d’aller sans savoir où ». La proximité de la nature suscite ainsi tantôt des plaisirs du corps (promenade, pêche), tantôt des satisfactions de l’esprit (folâtres jeux, oisiveté charmante, plaisir d’aller sans savoir où). L’intention finale de Rousseau était d’élaborer une « morale sensitive », résultat du lien et des interactions entre l’homme et la nature. Ainsi les composants de la nature (paysage, cieux, vents, climats, etc.) influent positivement sur le psychisme (prévention ou guérison des angoisses).
Il semble que Thoreau, Lane, Austin aient été les chantres et/ou les expérimentateurs de cette nature version Rousseau. Certes dans les limites de pré-civilisés voulant accéder au dénuement de la vie sauvage. Au demeurant, la présence de l’écrit est sous-jacente à leur démarche : Thoreau est représenté avec un livre près de sa cabane, Les uns et les autres ont rédigé des récits pour diffuser et propager ce retour aux sources naturelles.
Jane Hervé





