









Jadis en Inde, un défenseur méconnu des forêts
Irène Frain est une conteuse-raconteuse de mille et un jours : elle suit le déroulement de sa vision propre, capte le lecteur dans les rets de ses pages, parfois à son insu. Sa « Forêt des 29 » nous coule dans l’âme de Djambo, enfant rejeté par sa mère et banni par son clan qui se construit à partir de ces rejets, y puise sa force et devient un guru Bishnoï au début du 16ème siècle.
L’épopée se déploie au fil de prises de conscience écologiques ou pragmatiques successives, essentiellement portées par des femmes fortes qui influencent et orientent la vie du héros. Ganga la nourricière qui se substitue à une mère hostile et défaillante ; Karma l’initiatrice qui dévoile le monde de la nature où « tout est lié : le brin d’herbe et le tigre, l’insecte et le nuage, le grain et la lune » et qui récupère même l’eau de la rosée ; Binji la révélatrice de sa virilité d’homme qui est « un rêve en marche », et enfin Inda marchande en huiles et parfums qui installe des « rivières de vent » (canalisations) dans les murs pour lutter contre la terrible chaleur.
La construction d’une cité et d’un palais aux Portes du Désert par un roi - rao - mégalomane absorbe l’eau captée dans les bassins (moins de cormorans et d’insectes) et fait disparaître les arbres pour servir de colonnes aux bâtisses. C’est la grande famine ! Djambo comprend peu à peu qu’il est un « maillon de la chaîne des vivants » et forme une communauté regroupant les abandonnés, les peuples des chemins, etc.
Ces Bishnoïs prônent une morale en 29 commandements dont certains relèvent directement de l’écologie, comme respecter la vie et être compatissant envers tous les êtres vivants. Il faut protéger les arbres : ne pas détruire les arbres verts, employer du bois de chauffage soigneusement nettoyé (pour éviter de tuer ou brûler des insectes), ne pas porter de vêtements indigo car la couleur est extraite d’un arbre. Il faut aussi protéger les animaux : fournir un abri aux chèvres et moutons pour leur éviter l’abattoir, ne pas manger de viande, nourrir les animaux sauvages, ne pas castrer le taureau. Une hygiène de vie est impérative : mise à l’écart de la mère et l’enfant trente jours après l’accouchement (pour éviter toute infection), laisser reposer la femme cinq jours au début des menstruations (pour ne pas la fatiguer), prendre un bain chaque matin, garder le corps propre, boire l’eau filtrée, ne pas consommer ou cultiver de l’opium, cannabis, tabac, ni absorber de boisson alcoolisée et ...méditer matin et du soir. Sur le plan éthique, l’homme doit être conscient de ses paroles, avoir l’esprit sain (humble et sans animosité, etc.), être compatissant, pardonner, ne pas voler, ni dénigrer, déprécier derrière le dos, quelqu’un, ni mentir ou se livrer à l’opprobre, ne rien convoiter, ne pas s’irriter, ne pas faire preuve d’avarice.
En 1530, Djambo obtient - oralement - la protection des forêts. Son combat, largement méconnu en Occident, sera repris deux siècles plus tard par Amrita Devi qui empêche (en 1730) des soldats d’abattre une forêt « sacrée » qui lui appartient. Ce refus conduira au massacre et à l’immolation de sa tribu Khejarli. Cette seconde partie, moins habitée par l’élan de l’épopée, relève du décryptage historique.
Jane Hervé
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