









L’entreprise de datation de « l’écologie » était périlleuse, tant celle-ci se modifie simultanément au gré de la transformation de la nature et de l’évolution planétaire de la société. La revue Silence (dixit Comès) a fouillé dans cette prolifération d’expériences et cette effervescence de concepts en devenir : depuis la naissance de l’agriculture au néolithique jusqu’aux derniers méfaits (ex : extraction des gaz de schiste). Dater l’écologie, c’est dater les interventions de l’homme sur la nature et sur sa nature propre. Cela impose d’abord de cerner et juger l’histoire des techniques et des sciences. Cela impose ensuite de dénoncer les destructions de ceux qui ont voulu et veulent encore se rendre maîtres et possesseurs de la nature, un biais pervers pour dominer d’autres hommes.
Il y va de l’histoire de la pensée (La Boétie et sa colère contre l’asservissement des hommes, Steiner et son lancement de la bio-dynamie, Guattari et sa triple écologie environnementale/sociale/mentale, Fournier et sa rage solitaire dans la Gueule ouverte, Susan George et son réquisitoire contre les multinationales engendrant la faim dans le monde, Kempf et son analyse de la dévastation de la planète par « les riches », Pierre Rabhi enfin – ce bonheur d’homme - qui invente le concept de « sobriété heureuse »….
Il y va aussi de l’histoire de la politique (René Dumont qui introduit l’écologie sociale, Lalonde qui est candidat aux législatives). De l’histoire des femmes en colère (Olympe de Gouges, Weil , MFPF, Chiennes de garde). Du militantisme pur et dur (collectif Adret pour la réappropriation du travail, soutien des objecteurs de conscience du Larzac, lutte ponctuelle puis globale contre le nucléaire à Creys-Malville, Plogoff, La Hague). Des choix associatifs (salon Marjolaine, Artisans du Monde, Biocoop, Guerrilla Girls, Terre vivante, Terre de liens). Des revues ou des films qui répercutent toutes ces colères (L’an 01, Silence, Le monde selon Monsanto). Des mouvements artistiques (Land Art et Arte Povera). Au fil des XX et XXIème siècles, des faits ou événements qui font frissonner (Rainbow Warrior, Tchernobyl, Fukushima). Des ramifications enfin à l’échelon mondial (Inde, Amérique latine, etc).
L’ouvrage – collectif et Imprim’vert - montre à la fois la rapidité de la prise de conscience (calculée à l’aune des périodes géologiques) et la complexité d’homogénéiser pensées et actions en préservant leur variété culturelle. C’est néanmoins une chronologie de l’horreur dont je tourne et retourne les pages, en me demandant pourquoi nous en sommes arrivés là et comment nous pouvons nous en sortir (AMAP, Cittaslow). Sa richesse en informations est d’autant plus estimable qu’elle ne se monnaye ni en dollars, ni en roubles, ni en euros, mais en amour de tous les humains. Son aide au repérage historique évoque le plus calmement possible ce qui se trame en silence : la destruction d’une planète où nous pourrions pourtant vivre si heureux ensemble.
Jane Hervé





