









Deux « jardiniers de l’impossible » anticipent les souffrances de la terre de demain, lorsque le manque d’eau se fera sentir (se fait déjà sentir) au-delà du nord de la Loire. Brigitte Lapouge-Déjean et Serve Lapouge ont d’abord mené leur propre expérience de jardinage sur « un tas de cailloux ». Ils ont ensuite sollicité d’autres jardiniers qui, confrontés à leurs jardins secs (L’hermitière, les Sambucs, les Graves, les Mille et une fleurs, etc.), ont inventé des solutions concrètes toujours « à l’écoute » respectueuse de la si précieuse terre. Tous décrivent avec simplicité et humilité l’itinéraire de leur conquête de cet espace défavorisé. Tenaces et volontaires, ils ont apprivoisé le sec de si multiples façons, qu’on se révolte a posteriori de notre propre léthargie devant l’extension des déserts.
L’ouvrage, qui découpe et répertorie diverses situations, se penche d’abord sur le sol à « apprivoiser ». Selon que celui-ci est fait de caillou, roche ou sable, il est à bichonner de façon appropriée (avec du compost, en plantant des arbustes ou en paillant). Selon les conditions météo ensuite, l’adaptation aux « conditions extrêmes » varie : les haies protègent du vent, les algues enrichissent les sables et résistent aux embruns, les terrasses créent et modèlent un jardin en pente. En outre, il est conseillé de pratiquer un arrosage minimal découlant d’une « orientation réfléchie » et d’une culture en « lasagne », de mettre des semis en bouteille plastique moins gourmandes en eau, de récupérer l’eau avec un bassin. Dernier espoir enfin : il est envisageable de créer un jardin sur gravier, d’écarter le gazon en le remplaçant par des vivaces.
A chaque situation, ces chers jardiniers très positifs proposent une liste de plantes adaptées : graminées ici, légumes peu exigeants là, plantes dromadaires (je n’ai pas compris !!) ailleurs.
Tout devient désormais possible : désherber à l’eau salée au bord de mer, faire de la culture en lasagnes sur des cartons étalés, remplacer le gazon par le Zoysia tenuifolia des Mascareignes au pelage de chien fou… Bref, il ne reste plus qu’à prendre sa grelinette et à attaquer le sol autour de la pierraille.
Jane Hervé





