









Je croyais que pour « sauver le monde », il fallait éliminer le nucléaire, lutter contre la pollution, instaurer le développement durable et tout le tintouin… Rosa Montero, trépidante romancière espagnole, propose ses « instructions » de sauvetage. A la fin de son livre bourré de meurtres sans être un polar, parsemé de bons sentiments sans être un traité de morale, je n’en ai trouvé aucune. Et c’est tant mieux !
Ses quatre personnages sans quête d’auteur nous embarquent dans une histoire abracadabrantesque qui n’est pas pour déplaire, même si elle n’a rien à voir avec l’écologie ! En apparence, Montero suit la piste d’un extravagant « assassin du bonheur » armé d’un gâteau d’anniversaire et d’une seringue : il fait disparaître à l’insuline les vieillard(e)s à l’abandon, avant d’étirer leurs lèvres en un insolite sourire post mortem. Le bonheur n’a donc plus à attendre le nombre des années. Du moins pour eux !
Qui assassine ? La suspicion généralisée règne. Est-ce le médecin, mécontent de son épouse barbante qui tue le bonheur au quotidien, découvre une Second Life plus attrayante dont un avatar pourrait être le meurtrier ? Est-ce le chauffeur de taxi qui défend la sublime prostituée aux bras mutilés de croix qui est enceinte d’un lézard totem protecteur ? Est-ce cette scientifique hystérico-fervente des théories sur les coïncidences de Kammerer et les vases communiquants de Fieldman ? Le secret restera gardé… Il faut lire.
L’écriture de Montero combine tout et son contraire. Elle a un certain goût du détail parfois extravagant parfois comique. Le plus morbidement croustillant est certes le « sourire pétrifié », œuvre de l’assassin sur cadavre encore chaud. Le moins commercial est celui du chauffeur qui éjecte son client de son taxi (certes il vient d’enterrer son épouse au cimetière). Le plus ménager est dans ce « pull préféré » qui se transforme à la machine « en manteau pour chihuahua. Le moins esthétique concerne « les bourrelets timides qui chevauchent la ceinture » du médecin. Le plus débile est le code sado-maso : « Omelette de pomme de terre » ! En outre, des pensées métaphysiques saupoudrent le récit au hasard des pages : « Nous sommes tous des projets de cadavre. Nous sommes de la poussière d’étoiles. La mort est la seule vérité de la vie. Le monde est si différent à l’intérieur du même monde ». Bref, en arrivant à la dernière page, on estime que le bonheur mériterait d’être sauvé par de tels héros !
Et pour en revenir à nos moutons écolos… reconnaissons que le bonheur est dans le pré écologique ou qu’il n’y a pas de vrai bonheur sans écologie. Bref, espérons que des « instructions » salvatrices - écolos encore secrètes - de Rosa seront révélées dans son prochain ouvrage !
Jane Hervé





