









Si l’on s’attache à raconter l’histoire des hommes, pourquoi l’histoire des animaux et des éléments naturels qui les entourent n’en font-elle pas partie ? Grâce à ce recueil de lettres, Gilbert White, naturaliste et ornithologue du XVIIIème siècle, nous livre 20 ans d’observation de la nature du comté de Selborne, un village au sud de l’Angleterre. Alors qu’a cette époque, l’acquisition de connaissances sur les animaux passe principalement par la dissection des cadavres, Gilbert White tranche avec ses contemporains et les étudie en pleine nature.
Grâce à des observations précises, il enrichit les travaux de John Ray (1627-1705), naturaliste reconnu comme « père de l’histoire naturelle anglaise ». Il découvre par exemple de nouvelles espèces de souris qui s’abritent dans des petits nids ronds composés de brins d’herbe et de froment. Et aussi des rats d’eau qui savent parfaitement nager et plonger alors qu’ils n’ont pas de pattes arrières palmées. Il complète les observations de l’oiseau « gobe-mouche » qui, perché au sommet d’un poteau ou d’un pieu, plonge sur une mouche dans les airs, sans presque jamais toucher le sol et retourne sur le même perchoir plusieurs fois de suite. Il devine même un passage au coin intérieur de l’œil des daims qui communique avec le nez. Cela leur permet de ne pas suffoquer lorsqu’ils plongent longtemps les naseaux dans l’eau et que bouche et narines sont entravées.
Il ne travaille pas seul et recoupe ses observations avec les jardiniers, les agriculteurs et divers correspondants en Angleterre. Il pensait, par analogie avec les autres oiseaux, que les merles à plastron, connus pour aimer les pays froids et montagneux, migraient du Nord vers le Sud. Grâce à ses contacts, il découvre que ceux qui viennent passer l’hiver à Selborne arrivent des hautes collines de Dartmoor, à l’ouest de Selborne. Les migrations des oiseaux sont détaillées année par années et si l’on peut écouter le doux gazouillis de ceux qui se regroupent avant de décoller, on peut aussi chercher ceux qui restent cachés pendant l’hiver.
Il est l’un des premiers à décrire les interactions entre les différents constituants du vivant. En été, le bétail, poussé par la chaleur, vient se prélasser dans l’eau jusqu’à mi-jambe la majeure partie de la journée. Il laisse beaucoup de bouses dans lesquelles se nichent les insectes … qui nourrissent avec bonheur les carpes, tanches, anguilles et perches des trois grands lacs du comté !
Par son regard bienveillant et attentif sur la nature Gilbert White peut contredire les observations admises. En s’amusant avec une chauve-souris apprivoisée, il constate qu’elle est tout à fait capable de se remettre à voler une fois qu’elle est tombée sur une surface plane, malgré un déplacement « fort ridicule et grotesque ». Enfin c’est avec beaucoup d’humour que Gilbert White vous livrera les secrets du langage et la richesse du vocabulaire des volailles de la basse-cour, poule commune en tête !
Empreint de poésie, ce livre regorge d’anecdotes sur la nature et les animaux. On finit par n’avoir qu’une envie : sortir observer tout cela par soi-même. Aïe l’hiver arrive … la lecture d’une lettre du naturaliste de temps à autre devrait nous permettre de patienter jusqu’au printemps !
Aude Binet





