









Certains le prenaient pour un simple trublion qui sévit parmi d’autres à Hara-Kiri, puis à Charlie-Hebdo. Pierre Fournier est en fait un véritable visionnaire sans complaisance qui, il y a quarante ans, a sobrement prévu ce qui advient aujourd’hui*. A en donner le frisson. Cet inventeur du concept de « révolution écologiste » a créé la Gueule Ouverte en 1972, revue subversive aux chroniques revigorantes, luttant déjà contre la pollution, les vaccinations, les radios médicales systématiques et surtout le nucléaire (Bugey 1971). Fournier a pressenti avant tous le drame planétaire qui se trame aujourd’hui, celui d’une terre qui disparaît sous les assauts conjugués et forcenés du libéralisme tous crins, de l’industrialisation tous azimuts, de la consommation obsessionnelle. (ex : dessin avec chaque objet dans la maison est étiquetté par le nombre de mensualités à payer). Sur une terre déjà affligée, les océans sont déjà pollués de déchets radioactifs (cf Cousteau), l’alimentation des enfants est déjà défaillante.
« Tu pigeras dans 20 ans. » clame-t-il dans l’une de ses énergiques chroniques. Il prône en 1969 « l’ harmonie entre l’homme et la nature », à l’heure où le gauchisme croit révolutionner le monde par le biais du politique. Une audace qui lui a valu bien des incompréhensions. Il fustige « les mœurs de l’époque », revendique en vrac « l’amour de la terre, des racines de la vie, de la nourriture, des vieilles maisons, l’accord avec le sol et les saisons », tout ce qui peut éviter de « rendre la terre inhabitable ».etc. La moindre de ses esquisses sombres et colériques suscite un choc et une réflexion (ex : à l’heure la drogue est farouchement interdite, les drogues chimiques sont en vente libre dans les pharmacies).
Ce regroupement de chroniques et dessins, réalisé par son épouse Danielle Fournier, retentit comme un coup de poing dans la g... Il reconstitue une pensée et une action militante qui se cherchent, tâtonnant vers un avenir sans repères, avec des éclats et des bribes, des rages et des désespoirs, toujours intuitifs. On se demande ce que Fournier aurait dénoncé aujourd’hui à l’heure où les banquises fondent, où la mer monte, où la pollution s’accroît, où les centrales nucléaires explosent au visage, où les antennes réseau et les ondes wifi envahissent la planète, où..... Il n’est pas impossible que Fournier ait persisté dans l’idée de décroissance et de rêve à la Giono d’un retour collectif vers une nature sans montagne ni bord de mer ni terres agricoles bétonnés, sans base de loisirs remplaçant les bords de rivière, sans autoroute ou TGV entaillant les paysages, sans banlieuisation névrotique des villes et villages, sans .... Un monde paysan comme celui qu’il aurait aimé créer dans le village de Montendry.
Jane Hervé
* « L’opération Paris-plage » date de... 1972 !





