









Il faut traiter les ressources comme un bon jardinier
L’originalité de cet entretien tient dans la qualité respective des interlocuteurs, tous deux profondément humains. L’un Stéphane Hessel, 93 ans, a affuté son expérience de résistance tous azimuts en misant sur la capacité d’indignation ; l’autre Gilles Vanderpooten, 25 ans, a déjà réfléchi aux nouveaux combats contemporains. La même voix se diffuse entre des générations différentes, comme si le petit-fils communiquait avec son (arrière)-grand-père pour tomber en accord sur les désordres du monde. Cette démarche pédagogique et morale, dans la lignée d’un dialogue platonicien sans élève ni enseignant, se trame entre alter ego.
Le patriarche Hessel manifeste un « optimisme » démesuré - sur fonds de bon sens - où l’engagement succède à l’indignation. Prendre position, c’est prendre des risques et favoriser le progrès par « coopération » (ONU) non par révolution. Son principe de base. Ce résistant dans l’âme rêve de relever les « principaux défis du XXIème siècle ». Le premier d’entre eux, concerne la résistance impérative au scandale des inégalités sociales (chômeur démuni face à un patron aux poches remplies), laquelle doit déboucher sur une « action concrète » à définir selon ses moyens et capacités. Le second défi, celui de la dégradation de la planète, impose des étapes. Il faut aller vers le développement durable (protection des pays pauvres contre les ravages des riches, orientation vers une agriculture de subsistance non d’exportation respectant le droit à l’alimentation, lutte contre les grandes compagnies pétrolières et les dérives nucléaires et automobiles, responsabilisation des jeunes), construire une conscience écologique (se rendre compte en priorité que l’homme n’est pas le maître de la nature, mais qu’il est un simple « objet naturel », limiter l’énergie utilisée, etc.). Cette prise de conscience doit s’inscrire dans une démarche politique (construire une Organisation mondiale pour l’environnement malgré la résistance multiforme de nombreux Etats, et ce sous l’égide de l’ONU ; mesurer la confiance qu’on peut avoir dans un engagement civique ; dénoncer les dangers d’une globalisation culturelle érigeant en modèle les pays les plus riches ou puissants). Force est de réformer les institutions internationales en crise, en créant un Conseil de sécurité économique et social. Pour ce faire, il faut inventer des alternatives (équilibre entre le local et le global, adaptation de stratégies globales pour l’environnement qui regroupent - par exemple - celle de l’eau et de l’énergie). Il faut songer aux lendemains (qui chantent ou déchantent ?) et transmettre ce nouveau savoir à la génération suivante (sans domination des plus âgés mais sans oubli non plus de leur important témoignage). Le message de Hessel aux plus jeunes se résume en : « gare à l’avenir et vive l’avenir ».
Cet itinéraire humaniste nous transmet fondamentalement un état d’esprit, une façon morale de nous porter vers demain, à trouver (ou du moins rechercher) une force dans nos défaillances. Au demeurant, il propose en annexe la déclaration des Droits de l’homme et le programme du Conseil national de la Résistance, des démarches similaires bien que conçues en des périodes et des situations différentes. Nous qui sommes aujourd’hui égarés dans les dédales de la pauvreté et de la pollution, sortons revigorés par une si précieuse lecture. Si les lecteurs, convaincus des bonnes intentions morales, se transformaient opportunément en acteurs, ils pourraient...s’engager.
Jane Hervé
7 euros.





