









Nous sommes tous des sans‐papiers. Nous naissons sans papiers, nous serons enterrés sans papiers ; entretemps nous empruntons une identité au hasard du sang ou du sol. De tels faits devraient interdire tout déni des droits aux sans‐papiers. L’ouvrage Désobéir avec les sans‐papiers est écrit par des révoltés qui ont non seulement appris à désobéir à nos lois humainement si irrespectueuses, mais qui nous en donnent aussi le mode d’emploi. Pourquoi harcèle‐t‐on ces arrivants, pauvres, démunis, affamés : environ 400 000 hommes, femmes et enfants poussés à l’exil par le désespoir économique ou écologique ? Des gens qui travaillent parfois 60 heures par semaine, 6 à 7 jours et nuits sur 7, qui sont emprisonnés, subissent la double peine, sont expulsés ? Ils sont arrêtés au travail, à domicile, à l’école ; leurs couples sont menacés, la délation est encouragée. N’est‐ce pas la régression évidente de notre propre droit d’héberger, d’inviter, bref du droit d’asile ? Que faire ? Désobéir devient un acte moral, d’une créativité multiforme. La lutte pour le respect de ces êtres déplacés s’est élaborée peu à peu. Elle a commencé par leur politisation et celle des militants qui les soutiennent, s’est continuée par la remise en question du regroupement familial, la contestation du droit du sol et du droit d’asile ; puis elle a conduit au réveil de l’intelligentsia française (occupation de l’église Saint Bernard, du gymnase de Cachan, etc.).
Qui les soutient ? Le GISTI, la CFDT, le MRAP, Droit Devant, certains religieux (Abbé Pierre, etc.), etc. Face au racisme institutionnel mué en xénophobie d’Etat, la désobéissance civile impérative invente de nouvelles actions : le parrainage d’un sans‐papier par celui qui en a, la création du Réseau d’éducation sans frontière, la dénonciation des lois racistes par le « cercle du silence » des franciscains de Toulouse, la manifestation des « oiseaux migrateurs » en pyjama rayé et avec une étoile rouge avec la mention Etranger. Cet opuscule opportun, rédigé par des experts en désobéissance ( !), aide à maîtriser le soutien au sans‐papier, à travers la procédure d’arrestation, de garde à vue, la mesure d’éloignement, les droits en rétention, la résistance à l’intérieur et à l’extérieur de ces camps, et enfin la lutte contre l’expulsion.
Jane Hervé
5 euros





