









Répertorier 330 sortes de graines appartenant à 58 familles est une entreprise d’exception, humble et discrète, menée par l’ingénieur agronome Romain Dufayard. Lors de cette invitation au respect de la biodiversité, nous découvrons surtout des graines exotiques souvent méconnues voire inconnues nommées affectueusement « perles végétales ». Toutes ont une place gravement réservée sous un quadruple aspect. Du point de vue vital, les graines jouent un rôle capital pour nourrir animaux et hommes (céréales, huiles, etc.). Sur le plan médical, elles participent aux soins naturels de phytothérapie (aphrodisiaque, etc.). Sur le plan esthétique, elles servent de parures (colliers, chapelets, instruments de musique, etc.). Sur le plan symbolique enfin, elles sont utilisées par le chaman ou le sorcier pour de subtiles protections magiques.
Deux familles de plantes sont privilégiées : les légumineuses Fabacea et les palmiers Arecaceae. Elles sont présentées par fiches avec leur nom scientifique, le lieu où elles se trouvent, leur utilisation. Au fil du guide, quelques surprises : la « dormance » des graines peuvent durer jusqu’à 2000 ans, le chewing-gum mâché par les indiens pré-colombiens était en latex de sapitolla, la pulpe de makha thaïlandais collait des cigarettes, les graines de séné sud-américain ont été transformées en ersatz de café, les caroubes enfin - à l’origine du mot carat - de poids uniforme servaient d’étalon aux joaillers. Des références ethnographiques ponctuent l’ouvrage, montrant que les peuples premiers donnaient et donnent encore un sens profond à ces graines (symbole de souffrance, protection contre les pleurs enfantins, etc.)
Impossible de résister à nommer certains pépins ou noyaux découverts lors de cette promenade. Ils se révèlent parfois poétiques (rose de bois, arbre aux lanternes), parfois à référence religieuse (larme de Job, griffe ou même pet du diable), parfois simplement rigolos (chicot de canard, caca-chien, marmite de singe, liane à clous). Il reste à rêver un peu en voyant les sculptures subtiles (parfois naturelles) de ces bijoux végétaux. Imaginons Chaumet vendant place Vendôme des diamants végétaux (l’ivoire végétal doux et léger existe déjà).
En fermant les pages de cet ouvrage, nous déplorons que ces petites beautés en grain soient si aisément négligées (hormis par le producteur courageux Kokopelli !) ou durement asservies (particulièrement les hybrides proposées par Monsanto).
Jane Hervé
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