









L’animal, plus libre que l’homme ?
La « servitude volontaire » de l’homme (domination d’un homme par un autre ou d’un peuple par un tyran bon ou mauvais) est réelle. De l’ouvrage du philosophe La Boétie, paru1549, nous retiendrons - arbitrairement - ce qui renvoie au monde de la nature. Quel modèle l’auteur substitue‐t‐il à nothumanité défaillante ? Sa réflexion s’éclaire curieusement en observant - entre autre - la nature (flore et faune), sensible à l’environnement quand nul ne s’en soucie encore.
La première raison de cette acceptation de l’asservissement par l’homme est « la coutume » qui lui fait vivre « toutes choses comme naturelles ». Pour illustrer sa pensée, l’auteur compare l’homme à un animal domestiqué, le renvoyant implicitement à un état premier. Ainsi en est‐il des hommes comme des chevaux - « les braves courtauds » - qui ruaient contre la selle avant de se laisser ensuite parer de harnais. (Rares sont les hommes qui comme Ulysse « savourent la liberté »).
Pour trouver l’expression « d’une liberté naturelle », La Boétie se focalise ensuite sur les animaux sauvages. « Les bêtes brutes » nous renseignent sur la condition naturelle. Nombre d’entre elles ne survivent pas lorsqu’elles sont « prises », comme le poisson hors de l’eau. Elles possèdent même une « naturelle franchise » qui pourrait constituer leur « noblesse ». D’autres bêtes résistent à la capture avec leurs becs, ongles et cornes, préférant « languir plutôt que vivre ». Tel l’éléphant qui se casse les dents contre les arbres. Cependant les animaux domestiqués ne le sont jamais totalement et peuvent se rebeller : le cheval rue contre l’éperon, le boeuf geint sous le joug, les oiseaux se plaignent dans la cage. Mises sous la coupe de l’homme, les bêtes accoutumées « protestent d’un désir contraire ». Seul « l’homme dénaturé » qui aurait pourtant dû vivre franchement (librement) a oublié cet état originel sans chercher à le retrouver.
Autre modèle propice à son argumentation, celui des plantes. Les arbres fruitiers portent naturellement des fruits, mais ils peuvent produire d’autres fruits « étrangers » lorsqu’on les greffe. Cependant le naturel des herbes dépend aussi du terroir, des intempéries et de la « main du jardinier ». De même pour les humains qui comme les Vénitiens vivent en liberté, tandis que les Turcs sont au service de leur sultan.
La cité des hommes se vit parfois à la façon d’un « parc de bêtes ». Quand deux chiens sont élevés l’un en cuisine, l’autre dans les champs, le premier mange la soupe, l’autre le lièvre. Elémentaire, mon cher Etienne !
On ne s’étonnera plus que Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste, compare La Boétie à une « mouche blanche » (et non un mouton noir) inattendue ! Il le voit vivre dans le domaine des « Lumières noires », partagé entre le désir de liberté, de soumission et de changement de statut. Pour illustrer cette sujétion, le guévariste prend l’exemple de l’ours en cage dont on ouvre la porte sans susciter le désir de sortir. Les circuits cérébraux de l’ours ne le distinguent pas de son environnement. Sortir de la cage signifierait « changer d’identité et sortir de lui‐même ».
Jane Hervé
7 euros.





