









Rien n’est plus ardu que de prendre distance vis-à-vis du présent, surtout quand une telle démarche poursuit un double objectif : penser et agir. Deux philosophes, Michel Benasayag et Angélique Del Rey, conjuguent néanmoins leurs efforts pour apprivoiser et donner sens à cet aujourd’hui, tout en reconnaissant que les paroles - donc les pensées - « divisent », tandis que les « actes réunissent ».
Convoquant Nietzsche, Almodovar, Gramsci, le Che, etc., ils cherchent à positiver l’engagement en une période jugée « obscure » (*), c’est-à-dire « chargée de menaces » et briseuse de liens entre les hommes et avec l’environnement. Il faut remettre à plat la notion d’avenir qui n’est plus ce qui sera demain (comme chacun le présuppose innocemment), mais le déploiement - la « compossibilité » leibnizienne – de ce qui est aujourd’hui. Le possible de demain compose avec d’autres possibles émergeant de notre monde réel et actuel. L’objectif premier reste la « défense du vivant », essentielle pour que pensée et action perdurent. A travers diverses formes d’engagement, s’expriment à la fois une transcendance et une recherche. Les hommes ne se laissent plus simplement porter par le flux des instants, mais anticipent volontairement les risques de leur conduite à venir dans une société où les « micro-pouvoirs » (cf. Foucault) prédominent et où les contre-pouvoirs « dynamiques » développent secrètement leur puissance (cf. Spinoza) à la base.
Nombre de problèmes apparaissent… Entre la droite qui prône l’irrationnel et la gauche le rationnel dans le même humain, le conflit s’esquisse. Or le conflit qui signifiait dans l’Antiquité une harmonie avec le cosmos est désormais autre. Aujourd’hui il émerge de la vie dans toute sa complexité, comme « l’intégration organique de la négativité ». Il ne suffit pas non plu de dénoncer l’opposition fort/faible, mais on peut lui substituer une autre vision du monde (cad de ce rapport) où la force se mue en passerelle « entre deux faiblesses » Les multiples solutions locales ou globales sont – parfois - en contradiction selon les territoires ou les situations....Il en dérive que l’engagement est un acte de co-création, tout en demeurant la quête d’un « accord universel des esprits » sur un changement global de société.
Hervé Jane
(*). Au reste, toutes les « époques » le sont. Le seul fait de vivre au présent un certain état du monde et des choses perturbe la possibilité d’envisager un avenir dont la cohérence n’est jamais sûre.





