









Voila un ouvrage qui nous sommes de cesser d’être con…sommateurs ! Telle est l’injonction secrète d’un Frédéric Mars qui révèle l’expérience possible, sans jouer au père Fouettard. Nul ne sait si son attitude déconsommatrice perdure (on l’espère), mais elle a déjà le mérite d’avoir existée. Certes ce fondu de la consom en doublon, voire en triplé, a vécu l’enfer de la consommation high-tech en croyant au bonheur du possesseur. Il découvre, soulagé, le paradis d’un monde libéré d’innombrables achats (ipod et pad et…), de lieux écartés (hypermarchés), de mode de paiement quasi-bannis (carte bleue), de périodes commerciales oubliées (soldes), d’objets occultés (les marques), d’espace de stockage vidés (caves, etc.), de condamnation à l’achat terminée (sous forme d’abonnements), de relevés bancaires litigieux abandonnés (découverts liés à des crédits…). Un monde parallèle, somme toute.
Il ne faut pas croire, F. Mars a été prisonnier d’une illusion – nous le sommes tous – que le bonheur s’incarne dans les choses à s’approprier. Mais s‘en dégager n’est pas une mince affaire. Outre la prise de décision personnelle d’éviter jusqu’aux risques de tentation, il faut embarquer dans l’entreprise la famille stupéfaite (ici épouse, enfant), informer ses relations souvent réticentes (amis, etc.). C’est à la fois ramer à contre-courant et proposer un modèle qui deviendra nécessairement demain notre mode de vie (problème de ressources défaillantes…).
Cependant l’auteur ne retourne pas vivre dans une grotte préhistorique, mais organise sa vie autrement. Ce journaliste romancier, vif et drôle, décrit l’entreprise étape par étape, avec une certaine gourmandise et un évident goût du récit. Une véritable catharsis ! Il lui faut établir des règles acceptées par l’entourage, d’où l’élaboration d’un tableau autorisant ou interdisant le nouvel achat. Chaque objet de désir potentiel est décliné en ses diverses fonctions : inédite, fréquence et durée d’emploi, durée de vie, usage collectif, plaisir d’usage. Il en résulte une valeur calculée sur 100 qui écarte tout achat n’atteignant pas la moitié. L’auteur peaufine la notion de plaisir (en résultat, style, sensation, usage, statut). Il entreprend ensuite de dénoncer et démonter la puissance en tenaille des banques qui emprisonnent tout client (sous forme de crédit revolving par exemple, prélèvements automatiques). S’en suit la remise en question de l’acquisition de livres sur Internet, de l’abonnement cinéma, puis l’incitation à se mettre hors la loi (en prêtant sa carte d’abonnement aux copains..). Mais ce n’est là que le commencement, Mars passe ensuite à sa propre production des fruits et légumes, au rejet du cancer publicitaire, etc.
En bref, cet ouvrage est un mini-traité de dé-consommation par l’exemple, un support pour écarter nos derniers rêves consuméristes, un hymne à la libération d’un homme (un vrai sujet) dans un univers d’objets de tentations. Ne croyez pas... Ce n’est pas Saint Antoine qui ermite dans le désert, ce Frédéric n’a rien – pour l’instant - d’un anachorète. Il fait seulement son marché au nom des besoins réels et non d’attraits imaginaires.
Jane Hervé





