









Un livre qui se lit comme si on s’allongeait dans l’apaisement de l’herbe, l’émotion de la forêt, l’enchantement enfin de la pierre et des pierres. Les mots y sont un doux voyage à travers la nature et l’humain, dans la grande beauté de ce monde même défaillant. « Tout parle dans un pays et le silence a une couleur bien à lui », écrit Dominique Sampiero. Le lecteur avance ainsi « nuage au cœur », « pierre dans les poches » avec la lumière du vent au « bout des lèvres ». Et moi, lectrice, j’entaille déjà cet écrit qui évoque « l’entaille des quatre vents », en lui donnant un coup de sabre pour pouvoir l’évoquer ! Il faut - bien au contraire - entrer mutique dans la coulée des mots, pénétrer l’univers de légendes aussi « vivantes que nos rêves », épouser le rythme de subtils paysages d’herbes lithographiées (Maya Mémin). Entendre cette voix qui enseigne l’écriture « aux élèves du vent », qui capte « les formes errantes de la nuit », qui apprend que « chaque homme nomme sa pierre » ou que la dame blanche - neige et poème à la fois -a signé un « pacte » avec les pierres. Plus j’avance en transversal des pages, plus je pense à Xavier Grall jusqu’à ce que se découvre un long poème qui lui redonne vie : « Je viens d’un pays/de pas perdus entre hier/et maintenant ». Et de l’intime du poète émerge alors le pays réel de lutte et de hurlement, de salaires de misère, de bourses d’études… Que dit-il alors ? Ses propres cheveux gris captent le gris du ciel et le tabac de l’aïeul. Il n’est pas impossible qu’il s’agisse de la « peur de mourir ». Rejoindre cette terre enfin par l’herbe nostalgique –maison-mère-corps-amour - qui sait inventer « des parfums sans nom ». Reste à nous, lectrice avide, à se placer dans le premier rai de soleil, à l’aube, à se laisser envahir par ce chant de la « chante-perce ». Et si cet outil des tailleurs de pierre perçait jadis le granit des carrières, il leur offrait aussi un surnom pour la vie. A nous de chercher le nôtre entre le vent, la pierre, le châtaignier et l’herbe grise, tous ces habitants qui surgissent au fil de ce poème de toute nature. Jane Hervé





