









Ce livre nous sort de l’idée simpliste que des îles, principalement coralliennes, vont disparaîtrent à cause de l’élévation du niveau de la mer liée au réchauffement climatique. Les îles sont très différentes les unes des autres en terme d’environnement, de population et de gouvernement. Le sujet doit donc s’appréhender en pensant l’interaction de l’homme avec son environnement. Ce livre, qui permet de s’initier aux différentes catégories insulaires, est une excellente introduction pour qui veut découvrir les problématiques afférentes aux îles de l’océan pacifique et indien et comprendre en quoi le développement des dernières décennies a affecté la capacité de réponse de ces sociétés à des phénomènes climatiques.
Les expositions aux dangers de la mer ont toujours existées dans ces îles. Faiblement élevées au dessus du niveau de l’océan, elles peuvent connaître des changements morphologiques très importants en raison de l’érosion (disparition de l’île en quelques décennies) ou suite à une tempête (inexploitabilité de l’île pendant quelques mois, années). Les trois écosystèmes dont elles dépendent (océan, récif, lagon) sont fragiles, il y a peu de ressources en eau potable et toutes les sources d’alimentation ne sont pas présentes. Ainsi les conditions d’habitabilité des îles reposent sur la capacité de la population à trouver des moyens de pallier à ces contraintes. De part leur histoire, on sait la manière dont ces sociétés peuvent réagir à des phénomènes climatiques importants : plantations en bord de côte, système foncier régulateur permettant l’accès de tous à la terre et à la ressource en eau, etc. Surtout, la viabilité de ces territoires se pense à l’échelle de plusieurs îlots qui permettent l’échange de ressources et le développement d’une culture migratoire indispensable à la survie.
La colonisation des îles et les modes de vie contemporains occidentaux qui sont intervenus ont perturbé ces modes de fonctionnement. Ils ont notamment représenté une rupture des rapports ancestraux à la terre et un changement des modes d’occupation de l’espace. Si les niveaux de vie et l’espérance de vie augmentent, les constructions en béton, la déstructuration du système foncier, et les nouveaux modes de consommation entraînent davantage de pollution, dont une diminution des ressources en eau potable, une fragilité accrue des écosystèmes (la mort des coraux entraînent la mort de la chaîne alimentaire des bords de côtes), ainsi qu’une modification des capacités migratoires (sédentarisation et migrations davantage tournées vers les anciennes puissances coloniales). En sus s’y ajoute un accroissement démographique très important. Ainsi une déconnexion progressive s’est établie entre les modes de vie et les ressources naturelles qui est venue accroître la dépendance des îles aux anciennes puissances coloniales.
La hauteur des îles et leur capacité à ne pas être submergé dépendent de l’état des coraux et des comportements des récifs ; ces derniers sont influencés par les perturbations anthropiques. Si les conditions écologiques sont bonnes, on peut supposer que certains récifs coralliens puissent survivre à une augmentation du niveau de la mer et à son réchauffement, d’autant plus que la distribution de l’augmentation du niveau de la mer ne sera pas uniforme selon les endroits. Ce qui est le plus préoccupant est donc la réduction des marges de manœuvre des îles face aux dangers de la mer qui ont toujours existés ainsi que la gestion des problèmes contemporains (pollution, chômage, dépendance) que les conséquences des changements climatiques risquent d’aggraver.
Aude Binet





