









Seriez-vous prêt à risquer votre vie pour une baleine ? C’est la condition sine qua non pour embarquer sur les navires de l’association Sea Shepherd (berger de la mer).
Face à ce que Paul Watson, son fondateur, qualifie de plus grand massacre au monde en nombre de victime (les populations de poissons les plus péchés ont été réduites de 90% par rapport à leurs effectifs d’il y a 50 ans), l’association Sea Shepherd n’hésite pas à s’attaquer à tous les navires braconniers : de la flotte des baleiniers du Japon, aux canadiens qui chassent des phoques pour le simple plaisir de les tuer, jusqu’aux pêcheurs de thons rouges en Libye. La méthode d’action est l’activisme non violent : les membres de l’association s’interposent entre les braconniers et leurs proies, coulent les navires dans les ports, libèrent les poissons des filets. Sea Sheperd a pour objectif d’arrêter les tueries de manière responsable, c’est-à-dire sans tuer personne et en ne s’attaquant qu’à la pêche illégale. L’association agit en accord avec la Charte mondiale de la nature des Nations unies, qui autorise les ONG et les individus à faire respecter les lois internationales de conservation. Les braconniers attaqués par Sea Shepherd, parce qu’ils exercent une activité illégale, n’ont donc jamais pu porter plainte ou gagner les procès intentés contre elle.
Pourtant Paul Watson et son association dérangent car ils agissent aux frontières de la légalité, « sans jamais les franchir ». Ils mettent en porte à faux les gouvernements qui ferment les yeux sur le braconnage malgré la signature des conventions internationales (Japon, Norvège, Islande, Costa-Rica, etc.) et qui se cachent derrières d’interminables négociations entre nations. Paul Watson a de nombreux détracteurs, dont le Japon qui l’a listé comme « écoterroriste », et aussi parmi les militants de Greenpeace dont il a été exclu de la liste des fondateurs alors qu’il en faisait partie. Celui qui n’a pas manqué de qualifier Greenpeace en retour de « dame tupperware du mouvement écologiste » dénonce ces organisations qui à force de croître passent plus de temps à récolter des fonds pour leur propre survie qu’à agir pour la cause qu’elles sont sensés servir.
Paul Watson nous rappelle que les poissons sont indispensables au fonctionnement de l’écosystème marin. Aujourd’hui, moins de à 0,1% des océans est protégé de la pêche. Une étude des Nations unies prévoit un effondrement mondial des pêcheries commerciales d’ici à 2048. Par exemple, la population du thon rouge a chuté de près de 85% en méditerranée depuis 1970. En 2010, 1 500 000 thons rouges ont été capturés illégalement dans le monde, soit 141% de plus que les quotas autorisés. Il propose de mettre en application des pratiques polynésiennes qui interdisent la pêche pendant dix, vingt ou cinquante ans en fonction de la rareté et du cycle de vie des espèces de poissons.
Le FBI a listé l’activisme écologiste et animaliste comme la deuxième plus grosse menace pour la sécurité nationale, après Al-Qaida. Les idées de ces mouvements menacent l’ordre établi car elles ne placent plus l’homme au centre de l’écosystème. Elles mettent ainsi à mal les valeurs anthropocentriques sur lesquelles repose le système économique de nos sociétés. En affichant que « les droits d’une espèce à survivre prévalent sur les droits de n’importe quel humain ou groupe d’humains à la tuer ou à la détruire » Paul Watson nous invite à passer de l’anthropocentrisme au biocentrisme. Il affirme que lutter contre la pollution est plus important que de lutter contre la pauvreté, qui en est la conséquence, et que nous ne comprenons plus la nature car elle ne fait plus partie de notre vie. La première cause d’extinction massive des animaux est la destruction des habitats naturels qui résulte de l’explosion démographique des populations humaines.
Interviewé par Lamy Essemlali, cofondatrice de Sea Shepherd France, Paul Watson raconte dans cet ouvrage quelques unes de ses incroyables expéditions au Canada ou en Russie. Il explique les raisons de la création de son association activiste et donne son point de vue sur des thématiques variées comme le pillage des océans, la surpopulation, la violence, le mouvement écologiste, les médias, la religion, etc. Cet ouvrage permet de comprendre les raisons d’être de cet « écoguerrier » et d’appréhender le mouvement des « activistes écologistes ». Surtout il invite chacun à se poser la question : « Et moi, suis-je prêt à mourir pour une baleine ? »
A.B.





