









Le Felipé : Votre livre est présenté comme la biographie d’Haïdar El Ali, mais c’est aussi le récit de vos séjours et vos rencontres au Sénégal, une sorte de carnet de voyage. Était-ce une volonté de mélanger les genres ?
Bernadette Gilbertas : Tout est parti de ma rencontre avec Haïdar qui m’a autorisé à écrire sur sa vie et à le suivre au quotidien. Mais lorsque j’ai commencé à écrire, je ne savais pas du tout dans quelle direction j’allais, et personnellement, je lis très peu de biographie. Je n’avais donc pas de modèle pré-établi en tête. Sur place, j’étais beaucoup sur le terrain avec Haïdar et j’ai pris, comme durant tous mes voyages, beaucoup de notes. C’est un cliché mais le Sénégal est un pays très haut en couleur, en ambiance, en rencontres, donc spontanément, j’ai mêlé les deux : ma rencontre avec ce personnage, et mon voyage. Le récit s’est tissé comme ça. Faire ce livre sans parler du fleuve Sénégal, de la Casamance, sans toutes ces ambiances, cela n’aurait pas eu de sens.
Une grande place est laissé aux dialogues dans votre récit.
Bernadette Gilbertas : Je connais Haïdar depuis seulement six ans, ce qui n’est pas si long. Il y a toute une partie de sa vie dont j’ignorais tout. C’est pourquoi j’ai beaucoup interviewé son entourage, ce qui explique la large part du livre consacré aux dialogues. J’ai voulu reconstituer ces discussions. Il passe des heures au téléphone, ça rythme le voyage ! Certains de ses échanges sont drôles, d’autres au contraire très sérieux. C’est tout cela que j’ai voulu transcrire.
De plus, Haïdar a un réel don de la parole, et cela m’a très vite séduite ! C’est un très bon orateur, qui sait capter l’attention des gens. J’ai voulu évidemment le laisser s’exprimer. Mais je ne voulais pas faire d’Haïdar un gourou dont la parole seule suffit. Il fallait d’autres points de vue que le sien.
Pourtant cet ouvrage reste très peu critique, c’est un choix ?
Bernadette Gilbertas : On s’en doute, quelqu’un qui est aussi actif, qui mène autant de batailles est adoré, mais aussi détesté. Cela aurait pu être un ouvrage bien plus critique sur ses actions, mais ce n’est pas ce côté là que je voulais montrer.
Cependant on voit qu’Haïdar a un fort caractère, pas toujours facile à supporter !
Bernadette Gilbertas : Je crois que vivre et travailler avec lui au quotidien est d’une richesse incroyable mais il faut un sacré tempérament aussi ! Il a mille idées à l’heure, il voudrait beaucoup déléguer mais il ne sait pas toujours faire. Il voudrait que tout aille plus vite, et que son équipe soit composée uniquement de gens de terrains sénégalais. Mais il se rend compte qu’il y a des limites à toutes ses envies...
Comment Haïdar El Ali a-t-il perçu votre ouvrage ?
Bernadette Gilbertas : Sur le terrain, il en avait parfois marre que je lui pose des questions, mais il sait se taire quand il n’a pas envie de répondre ! Je lui ai envoyé le manuscrit pour qu’il le lise, mais je n’avais pas de retour de sa part. Un temps, j’ai même pensé lui lire à haute voix à l’occasion d’un voyage ! Je voulais qu’il le lise car je ne souhaitais pas le mettre en porte à faux vis à vis de certaines personnes ou même du gouvernement. Je ne voulais pas lui créer plus de problèmes que ceux qu’il a déjà. Par la suite, il ne m’a pas dit si il avait aimé ou non, mais il m’a dit "je l’ai lu, et j’ai beaucoup pleuré". C’est quelqu’un de très sensible, et je me suis dit que c’était sa manière de me donner son avis. Son entourage a été enthousiaste. Finalement, il s’est approprié le livre. Maintenant il en parle autour de lui, le dédicace. Il me demande tout le temps des exemplaires à amener au Sénégal, et ça pour moi, c’est le meilleur des avis !
Quels sont vos projets à présents ?
Bernadette Gilbertas : Pour le moment nous n’avons pas les moyens de faire éditer le livre au Sénégal, nous continuons de chercher. Personnellement, j’ai découvert que j’aimais beaucoup faire parler les gens. Jusque là, j’avais plutôt travaillé sur les grands espaces et la nature sauvage. Mais avec cet ouvrage, j’ai découvert autre chose. Alors pourquoi ne pas continuer avec d’autres personnages ?
Propos recueillis par Alice Gilloire





