









Cette BD audacieuse, intitulée Au nom de la bombe, ouvre les portes du silence, au nom des « irradiés de la République, des sacrifiés de la bombe A, des oubliés de l’atome, de tous les vétérans des essais nucléaires français au Sahara et en Polynésie ». Autrement dit, des militaires et civils, de la population locale (Touaregs et Harratines au Sahara, Tahitiens en Polynésie ; tous impréparés à la gravité extrême des atteintes de la radioactivité (cancer, leucémie, fausses couches, décès...), tous croyant préserver la « grandeur » de la France par leur mutisme ou leur obéissance au « secret défense ».
Basée sur des témoignages et des documents « confidentiel défense », cet album retrace les moments les plus durs et significatifs, après l’introduction de Jean Herman (alias l’écrivain Jean Vautrin) présent à Reggane. Derrière le cocorico politique, se révèle au fil des chapitres la réalité humaine (souffrance de familles brisées, tentative de grèves de pacifistes qu’on emprisonne pour « désobéissance », difficulté d’informer car les effets de l’explosion sont nouveaux et indescriptibles, volonté de laisser dans l’ignorance les populations sur place ou en métropole, ce qui retarde d’autant la prise de conscience).
Le scénario efficace de A. Drandov, les dessins réalistes de F. Alarcon ( inspirés de photos et reportages ) et les documents annexés font de cette BD un outil pédagogique à privilégier (Le tir Gerboise verte de 1961 pour étudier « les effets physiologiques et psychologiques produits sur l’homme par l’arme atomique » - les États‐Unis l’ont déjà révélé dans les années cinquante -, les observations du bateau de contrôle biologique La Coquille en Polynésie, la liste noire des tirs, etc.). On y trouve le discours courageux de John Teariki, chef du Rassemblement des Populations Tahitiennes, d’une moralité et d’une droiture irréprochables, qui s’oppose - en vain - aux essais nucléaires réalisés au nom de la « santé publique ».
On se souvient de la colère magnifique de Xavière Gauthier. Dans La Hague, ma terre violentée (Mercure de France), l’écrivaine rappelait - également avec articles de presse à l’appui - qu’en métropole aussi le pouvoir avait choisi un espace faiblement peuplé pour installer une usine de transformation des déchets nucléaires. Façon de perpétrer la même stratégie pour éviter la prise de conscience, l’opposition et le combat anti‐nucléaire.
Jane Hervé





