









Un ouvrage passionnant qui retrace cette expression artistique populaire qu’est l’art urbain. Ebauchée jadis par les graffitis (souvent amoureux) et les réclames (toujours publicitaires), elle a pris de l’ampleur avec le street art au cours des dernières décennies. Stéphanie Lemoine réussit la gageure de faire la part belle à l’illustration, tout en analysant clairement cet art neuf (SIquerios, Rivera, Bansky, Zevs, etc.) qui contourne les règles et les codes – entre autres esthétiques - de la vie des citadins. Elle cède la parole à Baudrillard, Ernest Pignon-Ernest, Daniel Buren et à Brassaï qui y voit « l’instinct de survie des anonymes qui n’ont pas construit des pyramides ». Tous poursuivent leur action dans la lignée de Mc Luhan (« Le médium, c’est le message »). La découverte de la rue comme espace possible d’expression est un phénomène nouveau (année 60) qui s’inscrit dans un contexte esthétique (crise de la peinture), politique et urbain (ville comme lieu en mouvement). Par le graffiti, « art (im)populaire », se révèle déjà une autre jeunesse occidentale inattendue car muselée jusqu’alors. Sa volonté de s’exprimer avec d’autres codes en provoquant la société est flagrante. Dans les années 80, se peaufinent peu à peu d’autres formes d’actions : pochoirs, affiches (dès 1968 avec l’atelier populaire de l’ex-école des Beaux-Arts, sous l’égide de Guy de Rougemont) qui narguent la toute puissance et l’omniprésence publicitaire. Se développe ensuite le street art (soit le post-graffiti) qui fait de la ville (métros, bus) un lieu à conquérir et un gigantesque terrain de jeu. Dans ce monde du « do it yourself », cet art « pour et par le peuple » propose une véritable révolution au cœur de la vie urbaine. Révolution qui renvoie curieusement à l’art pariétal ! Notons aussi le goût évident pour des surnoms insolites (Super Kool, Seen, Stay high, Clash, Fab 5, Miss Tic, Pseye, Speedy Graphito, les MAC-mort aux cons, etc.) de ces artistes writers or not writers. Il marque déjà un défi à la dénomination traditionnelle.
Jane Hervé





