








En ces temps de réchauffement politique, les débats sur l’énergie se cristallisent sur la définition d’une nouvelle politique énergétique nationale. Selon les températures, elle planifie les échéances de sortie du nucléaire, définit la part qu’il convient de lui octroyer dans le mix énergétique ou crée une sorte d’EADS des énergies renouvelables. Etonnamment aucune d’entre elles n’évoque les mesures prisent dans le cadre des lois Grenelle. Or ces dernières donnent une large place aux territoires dans la définition et la mise en œuvre de la politique énergétique nationale.
Avant fin 2012, les collectivités locales sont contraintes de réaliser des documents de planification énergétique : Plan Climat Energie Territoriaux (PCET) pour les collectivités de plus de 50 000 habitants (départements, intercommunalités, communes), Schéma Régional du Climat de l’Air et de l’Energie (SRCAE) pour les régions. Ces documents doivent analyser les potentiels de développement des énergies renouvelables sur les territoires concernés, définir des objectifs de réductions d’émissions de CO2 et de consommation d’énergie puis élaborer un plan d’action permettant de les atteindre. Les citoyens, les entreprises locales et autres parties prenantes doivent être impliqués par de larges processus de concertation dans la rédaction et la mise en œuvre de ces plans et schémas.
En 2011, sur les 200 PCET en cours, 100 sont menés par des collectivités qui n’y sont pas obligées. Certaines affichent même des ambitions d’autonomie énergétique. Des motions de sortie du nucléaire ont également été prises dans les régions Aquitaine, Franche-Comté, Pays de Loire et Picardie. La question de l’énergie, désormais associée à celle de l’environnement et du climat, est devenue une préoccupation majeure des citoyens, elle redonne du sens à l’action collective et mobilise. En outre, l’énergie est envisagée comme un levier de dynamisation économique et d’attractivité d’un territoire grâce à l’exploitation et la valorisation des ressources locales (vent, biomasse, déchets, espaces forestiers, eau, emploi). Des projets énergétiques locaux (chaufferies bois locales, méthanisation des déchets agricoles, écoquartiers) se multiplient dans les villes européennes, soutenus par l’Union Européenne et par un réseau associatif assez militant. Les collectivités sont devenues des centres d’innovations et d’expertise sur ces sujets.
Ainsi les propositions d’organiser un débat national sur la transition énergétique, de mettre en place un « Grenelle de l’énergie » ou de créer une grande entreprise nationale des énergies renouvelables, semblent un peu décalées par rapport aux débats déjà prévu dans le cadre des lois Grenelle et face à ce foisonnement d’initiatives locales. Afin d’éviter que PCET et SRCAE ne finissent en greenwashing territoriaux, il semblerait plus judicieux de réfléchir aux moyens de développer et de financer les initiatives locales, d’appuyer les PME innovantes, source de revitalisation des territoires. Il s’agit aussi de penser l’articulation de ces projets locaux avec une politique de coordination nationale. L’interaction des systèmes locaux (réseaux, production, etc.) avec le système national permettrait de garantir la sécurité de l’ensemble et d’éviter l’apparition d’importantes inégalités territoriales (prix de l’énergie, résilience territoriale, qualité de vie).
AdV





